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Rendez-vous du cinéma québécois 2015

RVCQ / Sophie Deraspe / Les loups : À marée haute

Avec Les loups, un vent du large souffle sur Montréal, en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois. Au gouvernail de son troisième long métrage, Sophie Deraspe jongle avec les éléments, pour le mieux-être du clan.

Après avoir sondé le mystère d’un maître de l’art contemporain dans Rechercher Victor Pellerin, puis illuminé de l’intérieur l’univers des soins palliatifs dans Les signes vitaux, Sophie Deraspe revient à la fiction en posant sa caméra sur une communauté d’insulaires qui vit de la chasse aux loups marins. «J’aime bien lever le voile sur un monde, avec ses codes et ses interactions sociales», avoue-t-elle. Dans Les loups, on découvre cette meute à travers les yeux d’Élie (Evelyne Brochu), une fille de la grande ville en visite sur l’île, vite repérée par la matriarche Maria (Louise Portal), qui la suspecte d’être une journaliste ou – pire encore – une animaliste.

Mais il n’est pas question ici d’un film pamphlétaire, qui dénoncerait les dérives de la chasse. «Ce qui m’intéresse davantage, de préciser Deraspe, c’est l’étroite corrélation de cette communauté avec son environnement. Ils savent ce qu’est donner la vie, mais ce qu’est la prendre aussi. En ville, on fait abstraction de l’idée de la mort, puisque nous ne chassons pas les animaux que nous mangeons.»

Dans sa quête d’appartenance, Élie tente de se rattacher tant bien que mal à ce clan tissé serré, en nouant des liens avec l’employée du motel (Cindy-Mae Arsenault) et un Français presque aussi étranger qu’elle (Augustin Legrand). Deraspe connaît bien ce désir de s’ancrer, puisque son père est Madelinot; elle avait d’ailleurs déjà tourné aux Îles-de-la-Madeleine, pour son premier court documentaire, Moi, la mer, elle est belle. Mais elle n’y a jamais vécu une année complète. «Je suis très urbaine, mais mon imaginaire vient aussi de là-bas. Je demeure en admiration devant la force de cette communauté. Il y a assez peu d’endroits au Québec où toutes les générations sont capables de chanter une même chanson ensemble. Leur culture est vivante et continue d’exister. C’est aussi dû à l’isolement, mais il y a une richesse et une beauté fascinantes derrière.»

Si elle affectionne à maints égards un documentaire tel Pour la suite du monde, la cinéaste ne cherchait pas à perpétuer quelque tradition. «En fait, je voulais éviter un rapport touristique à la nature. Donc, je n’établis jamais le paysage avant d’entrer dans une maison. Je mets en scène les gens directement dans leur environnement, et tous leurs gestes, leurs actions, en sont issus.» Un dialogue avec la nature qu’elle établit autant avec le directeur photo Philippe Lavalette qu’avec le directeur artistique Jean Babin ou son fidèle complice au son, Frédéric Cloutier. «Le paysage entre dans leur maison, mais aussi dans leur spiritualité et leur vocabulaire. Ainsi, Maria dira « Ça fait ben des marées » pour évoquer le temps passé.»

Au générique des Loups, on note plusieurs Deraspe, que ce soit dans les rôles d’enfants ou à la musique; pur hasard, puisque les Îles en sont un fort bassin. Depuis ses débuts, la réalisatrice a toujours aimé travailler avec le naturel des non-acteurs. «Mais aussi avec les « super acteurs ». Les deux s’apportent beaucoup. Il faut dire que je collabore avec des artistes généreux, qui ne protègent pas trop leur château-fort, en sachant que la scène est réussie si la chimie opère.» On pense ici à Benoit Gouin, Gilbert Sicotte et Martin Dubreuil, qui complètent la distribution.

Coproduction avec la France, où la postproduction a été réalisée, Les loups permet à Deraspe de ne plus porter tous les chapeaux à la fois, du montage à la caméra. Mais budget ou pas, elle compte bien y revenir, car elle aime profondément tous les aspects du métier, d’une façon encore plus artisanale qu’industrielle. «J’ai l’impression qu’en étant derrière la caméra, je suis vraiment avec les acteurs, je danse avec eux. C’est organique, pour moi, le cadrage, la lumière, le montage. Je vois ça comme de l’art plastique, j’aime avoir les deux mains dedans.» D’ici là, en digne chef de meute, elle accouche d’un film à l’air salin, un puzzle raffiné qui fouette les sens et colore les joues.

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Le profil Amina: Les loups du web

De retour du Festival de Sundance, grande messe du cinéma indépendant, Sophie Deraspe débarque aux RVCQ avec une autre primeur québécoise: celle de son documentaire Le profil Amina, qui prendra l’affiche en avril après avoir charmé l’Utah, et qui raconte, non sans ménager les zones d’ombre et un réel climat de suspense, la correspondance amoureuse et virtuelle entre la Montréalaise Sandra Bagaria et la blogueuse Amina Arraf, une Américano-Syrienne dont l’enlèvement soulèvera les passions… et les questions!

Deraspe est joyeusement dépassée par tout ce qui lui arrive. «Les deux films se sont développés en parallèle. Le projet Amina a fait en sorte que les moments d’attente des Loups, causés par les délais de production, ne soient pas angoissants, comme je lui étais aussi complètement dédiée. De sorte que je me suis liée d’une façon rare à Sandra et qu’elle fut une des premières à qui j’ai montré Les loups.» Et voilà, la meute s’agrandit!

 

Les loups: en ouverture des RVCQ le 19 février. En salle le 27 février.
Le profil Amina: en primeur aux RVCQ le 25 février. En salle le 10 avril.

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