Micheline Lanctôt / Autrui : Les limites de l'entraide
Cinéma

Micheline Lanctôt / Autrui : Les limites de l’entraide

Dans son nouveau film, Autrui, Micheline Lanctôt rassemble une jeune femme en quête de soi et un homme perdu. 

«Wrong decisions

C’est l’explication sommaire d’un itinérant figurant sur le plateau de tournage d’Autrui, de Micheline Lanctôt, quand celle-ci lui demandait d’expliquer le parcours qui l’a mené à la rue.

Cette notion mystérieuse mais compréhensible des mauvaises décisions, ces répliques sommaires, on les trouve dans presque chaque plan de ce film racontant le lien improbable entre une jeune femme, Lucie (Brigitte Pogonat), et l’itinérant qu’elle héberge, Éloi (Robin Aubert).

Le film débute dans un centre de sondages, avec une Lucie visiblement démotivée qui pose des questions sur les réseaux sociaux aux âmes esseulées qui veulent bien lui répondre tandis qu’une sourde cacophonie nage autour d’elle ainsi qu’un patron dragueur.

On ne saura pas grand-chose de plus sur Lucie, mis à part la présence d’un père qui l’écoute peu et qui ne pense qu’à quitter le Québec pour retourner vers sa terre natale, et on n’en saura encore moins sur Éloi. C’était l’objectif de la réalisatrice, d’ailleurs.

«Lucie, c’est une personne en devenir, qui se construit à travers cette relation, qui apprend un certain nombre de choses. Elle apprend que lorsqu’on pose un geste envers quelqu’un, envers autrui, on s’engage», explique-t-elle, inspirée par ses nombreuses lectures sur Levinas et ses réflexions sur l’engagement avec l’autre. À partir du moment où Lucie décide d’héberger cet itinérant qui squatte son immeuble, elle ne pourra plus le remettre à la rue. L’engrenage de l’entraide est enclenché.

Les acteurs avaient également peu de directives ou de connaissances des personnages, sinon cette direction de Micheline Lanctôt. «Ma seule directive que j’ai lancée, et elle les a marqués, c’est que Lucie prenait quelqu’un qui était un animal et elle le transformait en être humain. Il s’humanisait à son contact.»

«Le lien s’est formé très rapidement entre Brigitte et Robin. Y a eu tout de suite une empathie de l’un pour l’autre. Les deux personnages sont assez souffrants dans la relation.»

Une relation qui a ses limites, évidemment, puisque malgré sa situation, Éloi n’est pas prêt à accepter autant d’aide ou de charité.

«Des gens qu’on aide nous reprochent souvent de les aider. Il n’y a pas un être humain qui accepte facilement d’être aidé de manière aussi sainte. C’est un choc pour lui. Il ne peut pas continuer. Il lui en veut d’être aussi bonne.»

La transformation de Robin Aubert est particulièrement remarquable. Micheline Lanctôt explique que lorsqu’il était costumé, en dehors des plateaux de tournage, les passants l’évitaient du regard. Il était devenu invisible. Ou trop visible.

«C’est une chose à laquelle on peut tous faire face, c’est pour ça qu’on ne les regarde pas», explique-t-elle. «Ça nous met face à une éventualité qu’on ne veut pas voir.» Une éventualité que Lucie accepte de regarder en pleine face, et qui transformera cette prémisse en film puissant sur la tendresse, l’entraide et la solitude.

 

En salle le 27 février

 

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