Harold Crooks / Le prix à payer : Paradis perdu
Cinéma

Harold Crooks / Le prix à payer : Paradis perdu

Dans Le prix à payer, le cinéaste Harold Crooks (Survivre au progrès) se penche sur les pratiques fiscales "offshore" des géants de la finance mondiale. Un travail documentaire de haut vol qui rejoint l’actualité avec un synchronisme étonnant.

Un mois après l’élection de Syriza en Grèce et quelques semaines après le scandale de la banque suisse HSBC, Le prix à payer sort sur nos écrans. Un documentaire qui raconte l’histoire de l’évasion fiscale telle qu’elle se pratique depuis les années 1960 et qui explique la disparition progressive de la classe moyenne.

«Au début du siècle, un membre de la Cour suprême américaine déclare que les taxes sont le prix à payer pour une société civilisée. Le titre de mon film est directement inspiré par cette citation d’Oliver Wendell Holmes.» En plus de cette citation, qui révèle paradoxalement qu’aujourd’hui l’État-providence est déliquescent, Harold Crooks a écrit son film en collaboration avec la fiscaliste québécoise Brigitte Alepin, dont le livre, La crise fiscale qui vient, fut une grande inspiration. 

Plusieurs experts et acteurs de la finance mondiale interviennent dans le film: Alain Deneault, Pascal St-Amant, Ronen Palan, Thomas Piketty et des dizaines d’autres. Pour illustrer ces entrevues, le documentariste a fait appel à de nombreuses archives qui viennent habilement étayer la thèse documentaire du décadentisme de notre époque. En plus de ces archives, la direction photo d’Alex Margineanu vient donner une dimension concrète au film et la musique de Ramachandra Borcar laisse planer une tension presque constante. 

«Est-ce que vous connaissez ce cliché qui dit qu’il y a deux sujets qu’il faut éviter dans la vie: les taxes et la mort? Lorsque ce projet est venu à moi, j’y ai mûrement réfléchi, et je m’y suis finalement plongé pour deux ans et demi de travail. J’ai compris ainsi que le système de taxation est une façon de voir comment le pouvoir est distribué inégalement dans nos sociétés.» C’est ainsi que le spectateur apprend que ces évasions fiscales sont appuyées par les pays censés défendre l’État-providence. Nous sommes régis par les grands acteurs des marchés financiers et les hommes politiques ne sont plus que des pantins de ce système plus grand qu’eux. Les grandes compagnies sont de moins en moins imposées et le citoyen à l’inverse est de plus en plus pauvre, car il doit assurer le manque de revenu de l’État créé par ce système économique paradoxal.  

Le film est en ce moment une véritable bombe en France, il est à l’affiche de plus de 40 écrans à travers l’Hexagone et crée une véritable onde de choc. «Je pense que la réponse a été aussi forte en France, car c’est un pays avec une tradition révolutionnaire. Deuxièmement, contrairement aux pays anglo-saxons où l’État-providence a été diabolisé, la France continue de croire à ce modèle social. La population est consciente que le système des paradis financiers peut devenir une véritable menace à leur modèle démocratique. Je crois aussi que les médias ont une plus grande sensibilité à ces thèmes.»

En espérant que nos médias locaux auront ici aussi un espace abondant pour discuter de ce documentaire qui prête au débat et au dialogue. L’espace est désormais ouvert: il ne suffit que d’un geste… 

En salle le 13 mars 2015

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