Yvan Dubuc, Roy Dupuis, Carole Poliquin / L’empreinte : Retrouver la trace
Cinéma

Yvan Dubuc, Roy Dupuis, Carole Poliquin / L’empreinte : Retrouver la trace

Par divers témoignages, le nouveau long métrage documentaire de Carole Poliquin et Yvan Dubuc L’empreinte retrace et nomme les valeurs, idées et principes qui ont fondé la société québécoise d’aujourd’hui, empruntés et hérités des peuples autochtones fondateurs.

Bien que certains remettaient en question à nouveaurécemment, l’héritage «indien» que les réalisateurs Yvan Dubuc et Carole Poliquin mettent de l’avant dans leur plus récent documentaire, L’empreinte, ces derniers foncent tête bien haute pour faire un premier pas dans la documentation et la valorisation des emprunts aux nations autochtones dans un passé pas si lointain qu’il n’y paraît. Selon les réalisateurs, ce que nous sommes ne peut être expliqué par seules les racines françaises ou l’immersion anglo-saxonne dans laquelle nous vivons.

Au travers un documentaire qui propose un «saut de l’esprit important», comme le mentionne Dubuc, nous sommes guidés par des chercheurs, anthropologues, artistes, travailleurs forestiers, historiens, travailleurs communautaires, et bien d’autres, dans les méandres de notre histoire, celle où les relations avec les Autochtones sont perméables et permettent aux Québécois d’aujourd’hui de valoriser certains acquis de société, empruntés aux Autochtones.

«J’étais déjà en réflexion profonde sur la culture québécoise, mais je n’avais pas encore nommé l’origine», nous explique Yvan Dubuc, revenant sur les 40 ans de réflexions et de recherches qui l’ont mené jusqu’ici. Du tournage de La bête lumineuse, à Maniwaki, jusqu’à ses dix années passées en France, et son retour au Québec, en pleine Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. «C’est un revirement de l’esprit complet», lance le réalisateur lorsqu’il aborde le processus de reconnaissance et de nomination des valeurs et principes qui animent – ou devraient animer – la vie des Québécois, aujourd’hui. «C’est un des plus grands tabous de notre histoire, un des plus grands secrets de famille. Il fallait que le film soit fait d’une manière qui ne soit pas un débat d’idées, mais plutôt une pensée plus associative, plus près du travail d’intériorisation et du travail psychanalytique», poursuit le réalisateur et ancien étudiant en lettres qui s’est aussi penché sur la figure du nomade dans la littérature québécoise, dans ses recherches.

«Juste le fait qu’il nomme l’influence amérindienne, pour moi, ça a été comme un déclic, admet d’emblée Carole Poliquin. Ma perception de moi-même a changé. La perception de nous-mêmes est renversée.» On parle ici de valeurs de justice sociale, de vivre ensemble, de circularité et d’horizontalité dans les relations plutôt que de hiérarchie ou de structure pyramidale, d’égalité entre les femmes et les hommes, de respect de l’environnement, de médiation, de réinsertion sociale plutôt que de judiciarisation, et bien plus.

«L’impression que j’ai, c’est qu’on est tous pas mal assis dans le cercle, mais qu’on ne le sait pas», admet Roy Dupuis en référence au principe de circularité qui régit les structures des peuples autochtones. «Concevoir la société d’une façon plus circulaire, c’est de comprendre que la diversité fait partie de la nature, que les égalités sont importantes, plus justes, plus terre à terre que des systèmes pyramidaux où on crée des demi-dieux», poursuit celui que l’on retrouve devant la caméra dans L’empreinte et qui va à la rencontre des nombreux intervenants du documentaire. «Pour moi, c’est important de reconnaître qu’on a hérité ça, que ça vient d’eux, et qu’il faut leur rendre que ça vient d’eux. Et ensuite, une fois qu’elles sont reconnues, ces valeurs-là, c’est important de les préserver. On ne peut pas préserver quelque chose qu’on ne sait pas qu’on a.»

Déçu par le discours de consommation qu’il entendait autour de lui, Yvan Dubuc a été mené par certaines motivations pour la réalisation de ce long métrage documentaire : la volonté de consolider une série de valeurs de société et vérifier si le Québécois d’aujourd’hui est autre chose qu’un consommateur nord-américain qui parle en français. Des motivations confirmées par Carole Poliquin : «Donc, c’est vraiment cette conscience de la différence, d’une part, et cette fierté qui en découle, de l’autre, qu’on veut amener. Là, on pourra peut-être accéder à une compréhension de notre rôle dans le monde.»

Et pour éviter de perdre ces valeurs, remises au-devant, Dubuc, Dupuis et Poliquin lancent un appel à la communauté artistique, philosophique et politique. «Il ne faut pas retrouver ces valeurs-là puisqu’elles sont en nous, mais il faut les énoncer et les identifier. Il y a une force là dedans et il faut refaire le cadre. Il y a déjà une société en émergence : le pays du Québec. Il est né dans une différence et porte ces valeurs-là. Carole et moi, on a fait une première empreinte. Maintenant, c’est l’ensemble du milieu culturel qui doit s’en emparer et poursuivre cette réflexion-là. C’est évident que si les artistes ne se réimpliquent pas à nouveau dans le rôle social et culturel qui est fondamental dans une minorité, que ce monde-là, souhaité par [Serge] Bouchard [dans L’empreinte], ne naîtra pas. C’est donc très important de reprendre ce rôle-là, à partir des bases qu’on a réussi à révéler.»

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Yvan Dubuc et Carole Poliquin
Crédit photo : Joseph Elfassi

Le serment des origines

Outre l’histoire à refaire, c’est aussi toute la question de l’alliance des origines que les réalisateurs souhaitent voir renaître. «Moi, j’appelle ça le serment des origines, au fond de mon coeur, admet Dubuc. Une espèce de serment qui a été fait entre nous et les Autochtones qui nous ont inclus dans leur société. On a une responsabilité, un devoir de mémoire, par rapport à ceux qui ont été nos frères aussi proches pendant tout ce temps-là. On est aussi responsables de les accompagner dans la défense de leur culture et de partager ça. Il faut refaire l’alliance, l’union, mais c’est aussi une alliance avec nous [qu’il faut refaire].»

Carole Poliquin est du même avis, renforçant l’idée de la nouvelle alliance entre les Québécois et les Autochtones : «Le message serait donc : est-ce qu’on peut refaire une nouvelle alliance? On a cette responsabilité-là, de reconduire une alliance, dans le respect des individualités, des spécificités et des cultures de chacun. Mais quand on sait qu’on est proche comme ça, à un moment donné, peut-être que les frontières vont avoir tendance, avec le temps, à devenir plus poreuses.»

Ainsi, si Dubuc, Dupuis et Poliquin nous invitent à réfléchir sur notre conception des valeurs individuelles et collectives, ils nous emmènent aussi sur un terrain où le questionnement et l’interrogation par rapport et avec les cultures autochtones sont nécessaires. En redéfinissant son rapport au monde qui l’entoure, le Québécois découvrira une nouvelle pensée philosophique, empreinte de valeurs et principes qui se retrouvent aussi dans les cultures des peuples autochtones. Selon Dubuc, «si le Québec renoue avec ses valeurs les plus profondes qui sont déjà là, il pourra occuper une place déterminante, dans l’histoire à venir, dans le concert des nations.»

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Sur une musique enveloppante de Jorane, le long métrage documentaire L’empreinte fouille un passé oublié auquel les Québécois ne songent presque plus. En consolidant et en nommant des valeurs et principes qui ont forgé l’identité québécoise, les réalisateurs Yvan Dubuc et Carole Poliquin, avec l’aide de l’acteur Roy Dupuis, invitent les Québécois à redécouvrir leur «passé amérindien» qui a permis d’emprunter à la culture des premiers peuples, certains grands principes, idées et valeurs qui sont chers au Québec d’aujourd’hui.

En partant à la rencontre de nombreux intervenants, l’équipe force un renversement de la pensée identitaire et de la compréhension de la construction de la société québécoise d’aujourd’hui. Avec l’aide de l’historien Denys Delâge, de la poète Josephine Bacon, des anthropologues Nicole O’Bomsawin et Serge Bouchard, de l’honorable juge Louise Otis, des professeurs Jacynthe Baillargeon, Mehran Ebrahimi, Luc Godbout et Édouard Cloutier, ou encore de Denis McKinnon, directeur de la Table nationale des corporations de développement communautaire, du directeur de la Coopérative forestière de Girardville Jérôme Simard, de la psychanalyste Jacqueline Lanouette, du président du Regroupement des organismes de justice alternative Serge Charbonneau, de Philippe Alain, agriculteur et membre de nombreuses tables de concertation dans la région de Saint-Basile, ou de Nancy Poudrier, directrice d’un CPE à priorité autochtone mais ouvert aux Québécois à Val-d’Or, une nouvelle perception de l’histoire et de l’identité québécoises se forme.

S’il est possible de remettre en question les liens de sang entre Autochtones et Québécois, les liens entre les valeurs et principes sont sans doute plus étroits qu’il est possible de l’imaginer. L’empreinte permet une amorce de réflexion et demande un recadrage de nos perceptions, un travail nécessaire pour mieux saisir – si la volonté et la motivation sont telles – la fameuse identité québécoise que plusieurs tentent de déterminer. Ne serait-ce que pour la réflexion que ce documentaire force, le détour devant l’écran est de mise. Ensuite, viendra la nouvelle alliance.

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L’empreinte est présentement en salles à Montréal (cinéma Beaubien), Québec (au cinéma Le Clap et les 16 et 17 mars au Musée de la civilisation) et Sherbrooke (Maison du cinéma). Le long métrage documentaire sera aussi présenté au Tapis Rouge, à Trois-Rivières, le 25 mars.

Mise à jour 2 avril : L’empreinte sera diffusé du 3 au 9 avril au Tapis Rouge de Trois-Rivières, au Cinéma Pine de Saint-Adèle, au Beaubien à Montréal, à la Maison du cinéma à Sherbrooke, au Clap à Québec, et au Cinéma des Chutes de Saint-Nicolas.

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