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Cinéma

Rafaël Ouellet / Gurov & Anna : Passions multiples

Après sa première mondiale en Corée du Sud, puis un détour au FNC, où certains y ont vu un véritable film russe, le sixième long métrage de Rafaël OuelletGurov & Anna, prend enfin l’affiche sur nos écrans.

Scénarisée par la recrue Celeste Parr, cette histoire de passion déraisonnée tire sa source du récit La dame au petit chien de Tchekhov. Parr transpose les personnages russes de Gurov et d’Anna dans un cadre universitaire, alors qu’un professeur de littérature (Andreas Apergis, «une ost** de découverte», selon Ouellet) voit en son étudiante Mercedes (Sophie Desmarais, «toujours solide sur ses pattes») la Anna qu’il analyse en classe depuis des années.

Sophie Desmarais dans Gurov & Anna / Crédit: Fabrice Gaëtan
Sophie Desmarais dans Gurov & Anna / Crédit: Fabrice Gaëtan

D’Oleanna à Borderline, les relations toxiques prof-élève abondent au cinéma. Et Ouellet en était conscient: «C’était notre défi, déconstruire la prémisse clichée, avec laquelle il a d’ailleurs été difficile de convaincre distributeurs et festivals, et ne pas en faire un film sur la crise de la cinquantaine. Ben s’intéresse d’abord à Mercedes pour des raisons autres que sexuelles. Elle n’est pas non plus en quête d’une figure d’autorité et veut plutôt exploiter à fond ce cliché-là pour l’intégrer à sa création.»

Premier scénario qu’il tourne sans l’avoir écrit, Gurov & Anna permet au réalisateur d’aborder plusieurs textures inédites, dont la nouvelle de Tchekhov, qu’il doit faire exister en trouvant l’équilibre entre les effets miroirs et les références pour les non-initiés. Sans oublier qu’il fallait traduire à l’écran la réalité bilingue du Mile-End. «Ça me stressait beaucoup, avoue-t-il, mais je connaissais cette dualité. J’ai déjà habité le quartier et travaillé longtemps à Musique Plus, où ça se passait souvent dans les deux langues. Ici, ce n’est pas juste pour le kick, c’est issu des personnages. Mercedes est francophone mais crée en anglais, alors que Ben est marié à une Française (Marie Fugain) et s’efforce à peine de parler sa langue.» Tourner en anglais, le scénario de quelqu’un d’autre, à Montréal, en hiver… Ouellet compte faire du nombre de défis la constante de sa filmographie.

Le cinéaste derrière Camion reste aussi fidèle à certains maîtres, tel qu’Ingmar Bergman. «J’ai présenté récemment Une passion, à la Cinémathèque, et j’ai réalisé, en toute humilité, qu’il y avait des parallèles entre son film et le mien. On y retrouve d’ailleurs une Anna, et mon acteur s’appelle Andreas, comme un de ses personnages! C’est toujours en petit garçon que je visionne Bergman et je n’oserais jamais me mesurer à lui. Mon dernier plan est quand même une citation, je ne m’en cache pas.» Autre influence bergmanienne: Ouellet prend un malin plaisir à former une famille de collaborateurs, renouant notamment avec ses complices musiciens Viviane Audet, Robin-Joël Cool et Erik West Millette, sa directrice photo Geneviève Perron et son preneur de son Daniel Fontaine-Bégin; des créateurs dévoués, au tempérament «Tout pour l’art». Rien de tel que de marier les passions pour en faire naître une nouvelle!

En salle le 20 mars

 

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