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Cinéma

It follows (Traquée) : L’art de la fuite

Dans la mouvance du cinéma d’horreur indie, Traquée cherche à réinventer le genre, en soufflant le chaud et le froid.

Après avoir sondé les émois amoureux de la jeunesse de Détroit dans la moiteur de l’été, avec le bien reçu The Myth of the American Sleepover, David Robert Mitchell donne à cette même Motor City des allures d’épouvante rétro. Traquée s’ouvre sur une jeune femme anonyme qui fuit, sans raison apparente, la maison familiale pour se réfugier sur la plage, où on la retrouve morte au petit matin. Puis Jay (Maika Monroe, lointaine cousine de Brittany Murphy) fait son entrée, dans toute sa blondeur et ses 19 ans nonchalants, paressant dans sa piscine – mais sa quiétude sera de courte durée.

Après un rendez-vous galant au cinéma, avorté par la paranoïa de son prétendant, puis une soirée de rapprochement dans une voiture, tout près d’un terrain vague, la demoiselle se voit frappée d’une malédiction: tant et aussi longtemps qu’elle n’aura pas de nouveaux rapports sexuels, une présence menaçante la talonnera, fantomatique, zombie ou immatérielle, allez savoir. Ce point de départ paraîtra ridicule à certains – et le demeurera pour d’autres –, mais Mitchell parvient à dépasser sa prémisse saugrenue (à moins que ce ne soit une métaphore du sida ou autre vice caché de la sexualité en Amérique?), en donnant à ce (ou ceux) qui suit Jay plusieurs visages, de la vieillarde qui avance à pas feutrés au nudiste qui loge sur les toits. Comme si la menace, toute meurtrière qu’elle fut, empruntait au cauchemar du moment, s’accélérant au gré de l’abstinence prolongée…

Applaudi à la Semaine de la critique de Cannes, puis récompensé à Deauville et au Festival international du film fantastique de Gérardmer, Traquée suscite un buzz partout où il passe, de par sa rigueur formelle évidente (cadres étudiés avec soin, lumière entre chien et loup) et ses codes horrifiants rejoués, déjoués avec agilité – Mitchell reconnaît qu’il appartient à l’école des Carpenter, Cronenberg et autres Polanski. La musique de Disasterpeace, parée de synthés planants et de sons vrombissants, nimbe le tout d’une chape de terreur plus classique, qui produit néanmoins son effet. La bande d’amis qui supporte Jay dans l’épreuve, d’abord dubitative puis confrontée elle aussi à la menace, est incarnée par de jeunes acteurs au diapason, dont le charismatique Keir Gilchrist (It’s Kind of a Funny Story, United States of Tara), en camarade faussement désintéressé.

Mais voilà, disons-le tout bonnement: Traquée n’effraie pas, à peine fait-il tressaillir. Parce qu’il joue trop longuement la carte du spleen adolescent, tout en usant quand l’ennui pointe à l’horizon de ressorts convenus, de la porte qu’il ne faut pas ouvrir aux maisons abandonnées, jusqu’à la piscine comme lieu ultime de confrontation. On saluera le savoir-faire du cinéaste, qui exploite pleinement les capacités de son modeste attirail technique, variant continuellement les points de vue de sa caméra, tantôt agressive, tantôt agressée. À défaut d’un cauchemar éveillé digne de ce nom, la seule récurrence au moment du générique se pose ainsi : que diable a-t-on voulu nous raconter? Une question propre à nous tarauder.

En salle le 10 avril

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