Eve Lamont / Le commerce du sexe : Marchands de corps
Cinéma

Eve Lamont / Le commerce du sexe : Marchands de corps

C’est la deuxième fois qu’elle s’intéresse au monde de la prostitution. Après L’imposture, Le commerce du sexe, d’Ève Lamont, se penche sur la banalisation et la commercialisation du corps féminin. Rencontre avec une cinéaste qui a décidé de s’engager.

Dès l’ouverture du film, une femme servant de table à sushi est révélée à l’écran, ce qui indique bien le propos qui suivra. La femme est bien souvent une marchandise qui est placée dans l’espace érotique de l’homme comme un objet sans âme. Cette scène dévoile bien la thèse du documentaire: le rapport tarifé est une forme d’esclavage moderne. Par l’intermédiaire de divers intervenants (clients, souteneurs, prostituées, tenanciers de bars à danseuses, policiers et travailleurs sociaux), Ève Lamont dévoile l’armature et les coulisses de la violente et lucrative industrie du sexe.

«Après avoir rencontré plusieurs prostituées pour mon premier documentaire sur le sujet et avoir recueilli leurs précieux témoignages, j’avais envie de braquer les projecteurs vers ceux qui bénéficient de leur travail. Ce sont les principaux acteurs de ce commerce et ceux qui ont l’argent dans les poches en début de soirée et ceux qui empochent encore en fin de soirée. Ils forment pour moi la Sainte Trinité: les clients, les proxénètes et les propriétaires d’établissements où se pratique la prostitution.»

Ainsi le documentaire montre les lieux et interroge les acteurs de l’industrie du sexe, car il s’agit d’une importante industrie. On y apprend que seulement à Montréal il y aurait plus de 40 bars de danseuses et plus de 400 salons de massage. Les rapports tarifés et le travail de ces femmes sont une économie importante pour le monde interlope. Il fallait donc en remettre en question les fondements et en révéler le fonctionnement.

«Il fallait donner la parole aux acteurs de ce commerce pour avoir un point de vue équitable et juste. Je me suis concentrée dans ce documentaire sur les modes opératoires de la prostitution. Je ne voulais pas donner dans le sensationnalisme et le misérabilisme. Il fallait donner une parole à ceux qui organisent et bénéficient du travail des femmes.»

Le documentaire procède par un enchaînement d’entrevues à visage couvert ou découvert, la caméra tourne dans les lieux du commerce. Elle est cachée et révèle bien souvent les propos choquants des rabatteurs: «60 piasses si la fille est vraiment laide, un peu plus si elle est cute.»

«Il fallait que j’aille voir sur les lieux pour avoir un portrait juste. Les moments que l’on a captés sont révélateurs de la marchandisation des corps. […]  Un autre procédé qui est intéressant et démontre tout le côté marchand de ce business, ce sont les appels téléphoniques que nous avons faits. La façon dont les femmes sont décrites révèle encore plus justement le commerce du sexe.»

Le documentaire d’Ève Lamont donne à voir des lieux invisibles et c’est sa principale qualité. Pour tout le reste, il y a la parole des femmes et l’action des hommes. L’une des intervenantes du film le dit si bien, les hommes achètent le silence complet.

Présentement en salle