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Cinéma

Far from the madding crowd : La quadrature du cercle amoureux

Grande histoire d’amour très connue des Britanniques, Far from the Madding Crowd ne réinvente pas la roue des romances victoriennes, mais la fait tourner avec élégance et agilité.

D’autant plus que le scénario de David Nicholls est la sixième adaptation du roman de Thomas Hardy, dont les œuvres ont aussi charmé Roman Polanski (Tess) et Michael Winterbottom (Jude). Au tour du Danois Thomas Vinterberg (les excellents Festen et La Chasse) de s’attaquer à l’univers faussement lustré d’un 19e siècle de conventions et de passions étouffées dans l’œuf. Si le cinéaste, cofondateur du fameux Dogme 95, avait déjà tourné en anglais (It’s All About Love, Dear Wendy), c’est la première fois qu’il dispose d’autant de moyens, ce qui lui permet d’embrasser les joies uniques d’un tournage sur pellicule et la grandeur impériale de décors naturels enchanteurs.

Dans les années 1870, une jeune fermière anglaise (la douée Carey Mulligan, une habituée des «films à costumes») hérite du domaine familial et s’évertue à mener sa vie en solitaire, en amour comme en affaires. Pourtant, les prétendants sont légion, du berger Gabriel (le charismatique Matthias Schoenaerts, acteur belge révélé au monde par Bullhead et De rouille et d’os) au commerçant Boldwood (Michael Sheen), sans compter le Sergent Troy (Tom Sturridge), promis à une villageoise égarée (Juno Temple). Pour peu qu’on y regarde de plus près, chacun de ces hommes incarne une facette révélatrice de la passion rêvée qu’elle se refuse, non sans grâce, au nom de la liberté. Et ce, même si elle demande souvent conseil à son ami berger, en toute objectivité…

Tourné à juste titre dans le sud-ouest de l’Angleterre, ce drame sentimental est somme toute assez léger, malgré quelques pointes tragiques vite désamorcées. Aussi avant-gardiste que pouvait être son héroïne Bathsheba Everdene il y a 140 ans – elle aurait d’ailleurs inspiré par son fort tempérament le nom de celle des Hunger Games –,  cette valse-hésitation amoureuse se révèle aujourd’hui un peu datée, sans appel d’air à la modernité, alors qu’on y marchande, par exemple, un mariage contre un troupeau de moutons (ce genre de négociation fait immanquablement sourire). Et le scénario annonce rapidement ses couleurs quant au verdict final du cœur de la belle.

Qu’à cela ne tienne, Vinterberg nous plonge au cœur de l’intrigue et de l’époque avec un doigté manifeste, même si cette réalisation n’évoque en rien le caractère effervescent de ses films précédents. Les couleurs éblouissent d’entrée de jeu et savent tirer parti de la lumière du jour et du crépuscule. Et rien n’est laissé au hasard dans la reconstitution historique, jusqu’aux très jolis chants traditionnels. Mais plus encore, Vinterberg oppose continuellement aux paysages majestueux des plans serrés des visages de son quatuor de personnages. De simples archétypes de la littérature, ils deviennent ainsi des passeurs d’émotions sincères, qui se débattent avec dignité pour s’affranchir de leur corset social. Si ce choix de cadrage en alternance apparaît aussi fluide, une large part du mérite revient à la généreuse distribution qui compose l’âme de ce film lisse mais fédérateur.

En salle le 8 mai

 

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