François Ozon / Une nouvelle amie : Une femme avec soi
Cinéma

François Ozon / Une nouvelle amie : Une femme avec soi

Avec Une nouvelle amie, François Ozon signe un film hybride, un «thriller sentimental» qui creuse le filon de la dualité des sexes et des genres.

Si ce n’est son court métrage Une robe d’été, le réalisateur de 8 femmes n’avait jamais abordé la question de l’identité aussi franchement, même s’il est reconnu pour explorer le désir et l’ambiguïté – pensons à Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Inspiré de la nouvelle The New Girlfriend de Ruth Rendell, le quinzième film de François Ozon s’arrime autour de la figure de Laura (Isild Le Besco), dont la mort plonge dans le désarroi son époux, David (Romain Duris), et sa meilleure amie, Claire (Anaïs Demoustier). Celle-ci aurait juré «à la vie, à la mort» de s’occuper du veuf et de sa fille. Mais voilà que, à l’insu de son mari (Raphaël Personnaz), Claire nouera plutôt une amitié ambivalente avec une certaine Virginia, l’alter ego féminin de David…

Romain Duris et Anaïs Demoustier dans Une nouvelle amie / Crédit: Bertrand Calmeau,  Mandarin Cinéma
Romain Duris et Anaïs Demoustier dans Une nouvelle amie / Crédit: Bertrand Calmeau, Mandarin Cinéma

 

S’il connaît bien les films d’Almodóvar et de Xavier Dolan, les références d’Ozon étaient plus américaines, parmi lesquelles les films de Billy Wilder (Some Like It Hot) et Blake Edwards (Victor Victoria), «où les personnages n’éprouvent pas de désir au départ à se transformer en femme, mais le font par obligation». Puis, en ajoutant le deuil à la trame du récit, Ozon s’assurait d’un élément déclencheur fort vers la transformation de David. «Il était vraiment amoureux de sa femme. C’est son absence qui lui donne envie de la faire revivre. Il y avait aussi cette idée de ressusciter une morte, c’est un peu le côté Vertigo du film.»

Le cinéaste ne cache pas avoir voulu laisser planer une ambiance à la Hitchcock. «Je voulais d’un suspense amoureux. Les personnages se mentent à eux-mêmes, mais petit à petit, en arrivent à accepter leur désir.» De l’église à l’hôpital, sans oublier les jeux de miroirs et de costumes, la mise en scène est portée par l’idée du rituel. «C’est presque plus important que le résultat: le rituel de la transformation devient très érotique. Et on s’y met soi-même en scène.» Ozon a découvert que dans 70% des cas, les hommes qui se travestissent sont hétérosexuels. «D’une certaine manière, sexuellement, ils sont presque lesbiens, avance-t-il. Cette étrangeté m’interpellait aussi particulièrement en regard des femmes qui, par amour, acceptent leur différence.»

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Comme le mariage pour tous a soulevé les passions en France, Une nouvelle amie a pris quelques teintes politiques. «En voyant toute cette violence, je me suis posé la question: pour qui dois-je faire ce film? Car ce mouvement relevait de l’ignorance. C’était donc important pour moi de le penser pour un public large.» Et quoi de mieux qu’un peu d’humour pour décoincer les mœurs? «Parfois, on me dit que ce n’est pas le moment de rire. Mais grâce à l’humour, on décroche du réel, on prend un peu de distance.» Après Dans la maison et Jeune et jolie, Une nouvelle amie poursuit un riche exercice de fabulation et de vies parallèles. «L’imaginaire est nécessaire pour aider les gens à vivre et à accepter la brutalité du monde.»

En salle le 5 juin

 

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