Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

52 Tuesdays : L’art de la transition

Ce premier long métrage de fiction de l’Australienne Sophie Hyde décrit la relation complexe entre une adolescente et sa mère, au moment où cette dernière décide de changer de sexe. Un film naturaliste et indépendant qui réussit à élever son sujet.  

En Australie, la jeune Billie (Tilda Cobham-Hervey) vit avec sa mère, Jane (Del Herbert-Jane), et son oncle, Harry (Mario Späte). Lorsque celle-ci lui révèle sa volonté d’effectuer une transition pour devenir un homme, elle lui annonce qu’elle devra vivre avec son père, Tom (Beau Travis Williams), pendant une année complète. Leur seul espace de rencontre sera les mardis de 16h à 22h. Cette année en sera une de compréhension de soi, de bouleversements et de crises existentielles.

«Devrais-je maintenant t’appeler papa?» Cette question initiale posée par Billie à Jane/James plante le décor et entreprend leur quête commune à une époque transitionnelle de leurs vies. Tourné avec des acteurs non professionnels, qu’elle a réunis tous les mardis pendant un an, ce qui aurait pu être un pari formel désastreux se transforme en un film porté par une réelle proposition cinématographique. Cinquante-deux mardis comme autant de chapitres que la cinéaste a ancrés avec des images d’actualité, qui nous aident un peu à sortir d’une intimité parfois brutale. 

Billie vit, en parallèle de sa mère, sa propre exploration sexuelle en compagnie d’un couple qui fréquente le même collège qu’elle. Cette exploration nourrit un film qu’elle est en train de tourner pendant cette année, rendant compte de ses turpitudes et de ses agitations intérieures. Un autre pari formel qui passe plutôt bien l’épreuve de la fiction.   

On a eu peur que le père soit chahuté, voire écarté de la trame narrative du long métrage, mais il occupe une place importante à mesure que l’intrigue se développe. Beau Travis Williams offre un jeu teinté de nuances et de justesse. À ce propos, Del Herbert Jane, pour la première fois au cinéma, est une véritable révélation. La composition du rôle de cette mère qui opère une transition de genre est subtile, ouverte et touchante. Herbert Jane évite les clichés et réussit à incarner avec puissance et intelligence une Jane/James pleine de pudeur. 

Malgré cela, le film compte quelques défauts, à commencer par sa position morale incompréhensible sur le film que tourne Billie. Comment comprendre la levée de boucliers de James à l’encontre de cette fiction-documentaire que réalise sa fille? La nonchalance, voire la cagnardise de Josh, le garçon du petit trio d’adolescents, est aussi énervante dans ce long métrage néanmoins maîtrisé.

Avec cette fiction aux accents documentaires et qui semble héritière du cinéma de Mike Leigh, Sophie Hyde ouvre les perspectives de la fiction et donne à penser différemment les apparences.

En salle le 12 juin (au Cinéma du Parc)

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie