Ego Trip : Haïti dans les ruines comiques
Cinéma

Ego Trip : Haïti dans les ruines comiques

Dans le registre de la comédie estivale destinée à remplir les salles, le Québec fait mauvaise figure la plupart du temps. Ego Trip, de Benoît Pelletier et François Avard, ne va, hélas, pas redorer son blason.

C’est la deuxième comédie québécoise en quelques mois qui situe son action entre Montréal et un pays créole, en flirtant tout autant avec les stéréotypes ethniques qu’avec l’esprit du film d’aventures, intégrant aussi des éléments de comédie dramatique. Dans Les maîtres du suspense (de Stéphane Lapointe) comme dans Ego Trip, des personnages urbains, issus de l’industrie culturelle montréalaise, se retrouvent confrontés au Sud à des cultures traditionalistes et à une pauvreté qu’ils observent d’un œil vaguement colonialiste, dans une orgie de clichés qui ne font pas toujours rire (pas souvent).  

Mélange des genres, volonté de sortir du Québec et de représenter une certaine diversité culturelle, flirt avec des intrigues aventurières à coups de kidnapping et de menaces de torture: tout cela compose un cocktail prometteur et ambitieux sur papier, mais, hélas, peu concluant sur film. Ego Trip, campé dans un Haïti réduit à une caricature grotesque du pays en ruines, ne fera pas rire grand-monde. Le scénario ratisse sans doute trop large, et les personnages, réduits à des clichés de touristes désemparés ou à des voyageurs à l’enthousiasme surfait, sont pour le moins schématiques.

Marc Morin (Patrick Huard) est un animateur de télé sur le déclin, dont le besoin pathologique de reconnaissance n’est plus comblé en raison de cotes d’écoute en chute libre. Blessé par un père qui n’a jamais su l’aimer et qu’il rabroue sur son lit de mort (mécanisme scénaristique classique), Morin est un monstre de narcissisme dont l’ego surdimensionné sera mis à rude épreuve en territoire haïtien, où il est invité en mission pseudo-humanitaire, dont l’objectif est en fait de redorer sa propre image auprès du public québécois.

Or, les dialogues comiques tombent à plat la plupart du temps, à cause d’un humour puéril, sinon enfantin: humour pour post-adolescents excités à l’évocation des parties génitales ou hilares devant de mauvaises blagues homoérotiques. «J’ai envie de rentrer dans le vagin de ma mère», dira notamment Huard dans l’un de ces moments dignes de la cour d’école secondaire, avant d’observer son photographe (Guy Jodoin) se livrer à une séance d’allaitement au masculin. Des blagues de vagin et de seins, qui ne servent aucun propos et aucune perspective: simplement de l’excitation prépubère devant la génitalité. Pas plus reluisante, cette blague récurrente de girafe qu’on nous sert tout le long du film: nous sommes probablement censés nous esclaffer du fait que la carrière de l’animateur est en déclin depuis qu’il a attaqué une girafe au scrotum imposant. Peine perdue.

C’est à d’autres moments un humour qui flirte avec les stéréotypes de la manière la moins élégante et la moins inspirée qui soit, jetant notamment un regard colonialiste sur la population haïtienne ou caricaturant sans relief le monde des ONG en le dépeignant comme un repaire de losers, tout en proposant le traditionnel alliage de blagues éculées sur les coquerelles dans la chambre d’hôtel en ruines. Ce film empile un ramassis de clichés sur la pauvreté et la prospérité. Certes, la comédie est la comédie et carburera toujours aux clichés et aux stéréotypes, mais ici, nul renouveau du regard ni relief ou répartie dans les dialogues.

Huard joue gros, très gros, et de manière très affectée, à coups de mimiques faussement exaspérées – on dirait en permanence un très mauvais humoriste de stand-up comique, même dans les scènes qui auraient nécessité davantage de sincérité et de retenue. 

En salle le 8 juillet

 

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