Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence : Absurde Europe

Le cinéaste suédois à la caméra patiente et aux mises en scène savantes, Roy Andersson revient pour la clôture de sa trilogie des vivants. Un retour célébré avec une fiction au  regard absurde sur des gens ordinaires.

Cinéaste rare, la carrière de Roy Andersson est seulement faite de cinq longs-métrages en quarante ans. Son premier film: Une histoire d’amour suédoise est sortie en 1970, son dernier, en 2014. Mais entre les productions, Andersson a réalisé plus de 300 publicités pour lesquelles il a été reconnu dans le monde entier. Il ne fait aucune distinction entre la publicité et le cinéma. Il réalise des fictions qui mettent en scène la tragédie humaine avec une froideur caractéristique.

Dans Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, le Suédois clôt un cycle entamé avec le très marquant Chansons du deuxième étage (2000) et poursuivi avec Nous, les vivants (2007), consacrés à la condition humaine. Rappelons que cette trilogie a pris vingt-cinq années à être mise sur pied dû au financement indépendant et à la façon de tourner du cinéaste.

Crédit: EyeSteelFilms Distributions
Crédit: EyeSteelFilms Distributions

 

Roy Andersson a construit une esthétique radicale faite de véritables univers clos entièrement tournés en studio et pour lesquels il travaille plus d’un mois par plan. Le nouveau film, qui lui a pris quatre ans à réaliser, est fait de «trente-neuf décors et de trente-neuf plans», se plaît-il à rappeler. Le long-métrage a été récompensé par le Lion d’or à la plus récente Mostra de Venise. C’est donc dire qu’enfin, à 72 ans, son propos et sa façon de décliner l’univers sont reconnu par ses pairs.

De quoi traite le plus récent bijou du cinéaste? Difficile de parler du film sur le plan d’une trajectoire narrative claire avec des héros et des seconds rôles. Son style et sa façon de raconter sont uniques, et Andersson semble tirer plaisir à déjouer l’horizon d’attente du spectateur. Il y a certes un duo d’amis vivant en HLM qui tentent de vendre des accessoires de farces et attrapes. Ils reviennent dans le film comme pour nous parler de la précarité des existences en terme de travail et en termes relationnels, vivant chacun dans une petite chambre de HLM. Il y a aussi la présence du jeune roi Charles XII qui part en campagne contre les Russes et atterrit dans un café contemporain à dos de cheval en compagnie de sa cour, délicieux anachronisme qui vient encore flouer le spectateur.

Crédit: EyeSteelFilms Distributions
Crédit: EyeSteelFilms Distributions

 

Tout semble maîtrisé dans ce long-métrage, et cela peut agacer parfois. La rigueur du cadre, les décors millimétrés et le jeu beckettien des comédiens dessinent un monde où la chaleur humaine et la franche camaraderie n’ont presque pas de place. Roy Andersson décrypte un univers où les relations des hommes avec le monde sont absurdes. Et en ces temps d’Europe décadente, cela résonne étrangement juste.

Un film qui n’est pas facile à aimer et qui se laisse durement appréhender. Un exercice cinématographique qui comprend le monde par le détail, la patience et la lenteur, une œuvre d’art en quelque sorte.

En salle le 3 juillet

 

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie