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Cinéma

Yann Gozlan /Un homme idéal : Sables noirs et mouvants

Après Captifs, son premier film où le crime basculait dans l’horreur, le Français Yann Gozlan signe un thriller où le crime devient plutôt la clé pour sauver son honneur.

Quelque part entre L’homme qui voulait vivre sa vie et The Talented Mr. Ripley, Un homme idéal dépeint la descente aux enfers d’un jeune auteur glorieux (Pierre Niney, découvert chez nous surtout grâce à Yves Saint Laurent, de Jalil Lespert, qui lui a valu un César). Le hic, c’est que ce Mathieu Vasseur a bâti sa renommée sur une œuvre qu’il n’a pas écrite, un journal intime qu’il rebaptise Sable noir, dérobé à un vétéran qui aurait vécu la guerre d’Algérie, «une période encore un peu taboue, qui convenait bien à cette histoire de secret et de dissimulation».

Nourri par les films de Hitchcock, qui vous happent et ne vous lâchent plus, le réalisateur Yann Gozlan a imaginé un thriller psychologique où l’action a toujours une longueur d’avance sur les tourments du héros. «J’avais envie de réfléchir à la réussite, mais surtout au fossé existant entre ce qu’on rêve de devenir et ce qu’on est vraiment.» Précisons que Vasseur a de vraies aspirations d’auteur, mais gagne sa vie comme déménageur, à défaut d’être édité. «J’espérais qu’on ait un peu d’empathie pour lui, malgré tous ses actes répréhensibles, à commencer par le fait qu’il vole les écrits et la mémoire d’un homme. Mais ce qui comptait d’abord pour moi, c’est qu’il soit mû par une réelle passion pour la littérature.»

Ironie du sort, son absence de talent, ou du moins son manque de souffle, sera largement compensée par des qualités insoupçonnées de fabulateur. «Quand il s’enfonce dans ses mensonges, il développe un fort instinct de survie, remarque Gozlan, de même qu’un réel talent pour l’invention. J’aimais l’idée qu’à partir du moment où il bascule dans la criminalité, il vive un déblocage, comme s’il fallait tuer une part de soi pour accoucher de quelque chose, d’une idée, d’une œuvre.»

Ajoutez à cela une histoire d’amour tragique avec une docteure en littérature (Ana Girardot), issue d’une famille de la haute bourgeoisie, et tout est en place pour amplifier le sentiment d’inadéquation de Vasseur. «Normalement, quand vous êtes amoureux, vous êtes censé vous mettre à nu ou vous révéler à l’autre, alors c’est terrible pour lui, parce que dès le départ, sa relation est faussée par le mensonge. Même s’il l’aime d’un amour sincère.»

Le charme classique d’Un homme idéal repose aussi sur les solides épaules de Pierre Niney, et sur sa composition très physique d’une «bête sauvage toujours un peu sur ses gardes». Et il y a un autre personnage fort, tapi dans l’ombre: cette villa des beaux-parents où se terre la vérité. «Je voulais d’un film élégant, d’un univers anxiogène au bord de la mer. Ça me fascinait, ce contraste entre un décor glamour et sexy, avec de beaux acteurs, et cette violence sourde qui s’y cache derrière. Bref, je rêvais d’un film immersif, où l’on est pris avec eux dans ce parcours cauchemardesque.»

En salle le 24 juillet.

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