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Cinéma

Réalité, de Quentin Dupieux : Au-delà des réels

Artiste aussi inclassable que déluré, Quentin Dupieux brasse la cage du cinéma français, avec un sourire en coin qui n’a rien d’anodin.

D’abord connu comme musicien sous le pseudonyme électro de Mr. Oizo, le cinéaste Quentin Dupieux a depuis bricolé une filmographie hors du commun, en ce sens qu’elle s’éloigne volontairement du banal et de la logique, tantôt par des galeries de personnages inusités (SteakWrongWrong Cops), tantôt par des mises en abyme imprévisibles (Nonfilm et Rubber, le récit d’un pneu meurtrier qui avait fait grand bruit en 2010, provoquant rires ou huées, c’est selon). Son nouveau délire maîtrisé est la somme de tout ça et s’appelle Réalité. Rien de moins.

Accrochez-vous, car le voyage n’a rien d’un long fleuve tranquille. Une fillette découvre dans les entrailles d’un sanglier une mystérieuse vidéocassette. Dans une station de télé douteuse, un animateur-mascotte reçoit des plaintes parce qu’il se gratte en ondes. Et un caméraman de cette même station rêve de tourner un film sur des téléviseurs méchants qui suceraient l’intelligence des gens… Un producteur accepte d’ailleurs de le financer, à condition qu’il dégote pour sa trame sonore «le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma». On parle ici seulement des premières scènes de Réalité!

Aux oubliettes, donc, le réalisme plat et la psychologie de cuisine. Ce film qui s’emboîte sur lui-même, telle une collection de poupées russes, Dupieux semble l’avoir conçu en hommage – inconscient ou non – à son ancien acolyte dans le monde du clip, nul autre que Michel Gondry. On doit entre autres à ce dernier Eternal Sunshine of the Spotless Mind et La science des rêves, deux fantaisies sur pellicule où le cerveau déraillait en douceur, pour mieux tordre le regard que l’on porte sur le monde.

Dans le même esprit, Dupieux embrasse pleinement les forces et les limites (infinies?) du subconscient pour éviter que le spectateur ne s’installe dans ses pantoufles; notre rôle de public y est continuellement interrogé – «Je ne sais pas si c’est clair pour quelqu’un qui est hors du cauchemar.» Son humour s’aventure encore plus loin dans la démesure et le malaise que Gondry ne pourrait le faire, et ce, même s’il recrute chez lui l’acteur Alain Chabat, toujours parfait dans les rôles de fêlé sympathique.

Cependant, bien malin est celui qui pourrait décoder toutes les couches du récit. Il faut savoir lâcher prise au royaume de Dupieux, ou alors prendre son pied à rire avec lui de la télévision et du septième art, qu’il égratigne non sans les grossir à la loupe. On est tout de même surpris que le cinéaste se donne autant de mal à nous prendre par la main dans son joyeux labyrinthe, par des répliques trop écrites («Tu es simplement dans un mauvais rêve») ou des références convenues à la spirale du rêve, tel un réveille-matin qui sonne ou un rendez-vous chez la psy. Et gare aux claustrophobes, car un extrait hypnotique de Philip Glass tourne en boucle tout du long jusqu’à créer un sentiment oppressant. Mais rien pour gâcher pareil plaisir absurde, en autant que vous soyez appelé par un esprit de déroute et de liberté.

En salle le 24 juillet.

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