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Cinéma

Southpaw (Le Gaucher) : Survivre à ses poings

Entre rap pulsionnel, crise existentielle et rivalités dans le ring, Southpaw (Le Gaucher) n’enverra personne au plancher, pas même en round ultime.

La foule est en liesse au Madison Square Garden, à New York. Toujours invaincu, le boxeur Billy « The Great » Hope (oui, oui, Jake Gyllenhaal y est baptisé Espoir!) parvient à conserver son titre de champion du monde mi-lourd, même si sa femme Maureen (Rachel McAdams) trouve de plus en plus qu’il encaisse les coups et craint pour l’avenir de leur famille, aussi aisée qu’aimante, et complétée par leur fille Leila (Oona Laurence, dotée d’une belle présence). Le jour où la tragédie frappe Billy – il devient veuf, au cas où la bande-annonce ne vous a pas déjà vendu la mèche –, rien ne va plus. Désœuvré, bouillant de rage ou sous influence, Hope devra se reconstruire une dignité, avec ou sans l’aide de son gérant (50 Cent, un piètre acteur, dont la principale qualité est de savoir sourire) et d’un nouvel entraîneur (Forest Whitaker, capable du meilleur, même en terrain miné).

Un air de déjà-vu? Bien entendu. Et les films de boxe, qu’ils mettent en vedette De Niro, Stallone, Rourke ou Wahlberg, reposent très souvent sur l’axe usé mais rassembleur de la rédemption. Southpaw n’y fait pas exception et on connaît la chanson. Seulement, le scénario de Kurt Sutter (le créateur de la série télé Sons of Anarchy) ne dépasse que rarement la recette, la moralité y est plus que soulignée et la boxe, même si on la compare à un jeu d’échecs, n’y apparaît jamais aussi complexe ou maîtrisée, réduite à des scènes charnières télégraphiées. Il y a bien quelques traits d’humour, surtout dus au personnage de Whitaker, un de ces vieux sages qui a vu neiger, de même qu’une fine relation qui se dessine timidement entre Billy et sa fille, qui ne demande comme sa mère qu’à rentrer à la maison. Mais c’est trop peu pour quitter la surface.

Il faut dire que le réalisateur Antoine Fuqua (dont le Training Day reste le plus haut fait d’armes) n’est guère inspiré et laisse sa caméra prendre les coups au combat. Il tapisse son film entier de musiques circonstancielles, tantôt poussives, tantôt dopées d’adrénaline quand l’entraînement connaît un second souffle, comme si le hip hop était une bouée universelle dans le monde de la boxe (remarquez que l’histoire avait d’abord été pensée pour Eminem). Ce qu’il y a de viscéral chez ses personnages, même si c’est esquissé au scénario, Fuqua peine à le traduire à l’écran. Les alliés comme les ennemis de Hope ne sont que des pions dont il faut deviner la moelle.

Alors, ce supplément d’âme? Southpaw doit beaucoup de sa propre rédemption – du moins, à nos yeux – à l’investissement total de son interprète principal. Habitué à se muscler le corps (il l’avait fait pour Jarhead et Prince of Persia), Jake Gyllenhaal dépasse de loin la prestation physique, même si la caméra s’attarde longuement à ses tatouages et à ses abdos. Le désespoir de Billy, homme de peu de mots, se lit dans ses yeux et se mue en moteur à propulsion. L’acteur y est continuellement sur la corde raide, prêt à bondir comme une bête traquée, ou alors abattu comme s’il était sa proie. C’est grâce à lui si le film tient la route, attachés que nous sommes, malgré tout, à la survie de l’homme.

En salles le 24 juillet.

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