Fantasia / Cop Car : L'art de la poisse
Fantasia 2015

Fantasia / Cop Car : L’art de la poisse

Cop car est un récit d’apprentissage en forme de série B, traversé par un humour à froid et un ton dissonant. Rencontre avec son réalisateur Jon Watts, choisi pour réaliser le prochain Spider-Man.  

C’est un rêve d’angoisse récurrent qui est à l’origine du scénario de Cop car, film de suspense présenté mardi à Fantasia en présence du réalisateur Jon Watts et de l’acteur principal Kevin Bacon. Dans ce rêve, Jon Watts a dix ans, il occupe le siège passager dans la voiture de sa mère, tandis que l’un de ses amis tient le volant. «Nous croisons des gens que l’on connaît mais personne ne réagit. Nous allons de plus en plus vite, et le rêve fait de plus en plus peur.» C’est cette atmosphère onirique que le cinéaste américain de 34 ans tente de récréer dès la séquence d’ouverture du film, coécrit avec Christopher D. Ford.

Dans celle-ci, deux garçons, Travis et Harrison, marchent à travers les champs, cheveux au vent, en se lançant des jurons. On entend le bruit des oiseaux, des vaches, on sentirait presque les odeurs de la campagne américaine: voilà à quoi ressemble la liberté pour Jon Watts. «Le film a été tourné là où j’ai grandi, dans le Colorado, précise-t-il. Nous n’avions pas de flingue mais on marchait aussi loin que l’on pouvait jusqu’à ce qu’il fasse suffisamment noir pour avoir peur et rentrer!» À cet âge-là, ajoute Watts, on s’imagine des aventures dans la même veine que celles des films Les Goonies ou Stand by me, respectivement sorties des imaginaires de Steven Spielberg et Stephen King. «À 10 ans, j’espérais tomber sur un trésor de pirates, un alien, un vaisseau spatial ou bien une aventure à vivre!».

Le réalisateur Jon Watts et l'acteur Kevin Bacon accompagnaient le film au festival Fantasia
Le réalisateur Jon Watts et l’acteur Kevin Bacon accompagnaient le film au festival Fantasia

 

Très vite, les choses se compliquent: Travis et Harrison, poussés par les frissons de l’interdit, vont emprunter une voiture de police pour s’amuser avec. On découvrira rapidement que la voiture appartient à un flic ripou, bien décidé à récupérer coûte que coûte son bien. D’emblée, la caméra est très présente, mouvante, elle se déplace en explorant divers points de vue. Elle traduit la menace qui rôde, et annonce la fin de l’enfance à venir. «C’est parce qu’il s’agit d’une longue prise, coupe le cinéaste, il y a une tension inhérente aux longues prises qui s’évapore si l’on coupe le plan. Un plan long nous rend nerveux car on ne sait pas ce qui va se passer.»

Sans surprise, c’est l’acteur Kevin Bacon, habitué au cinéma de genre (de Hollow Man à Hypnose), qui vient noircir le coming-of-age naissant, se lançant à la poursuite acharnée des deux garçons. Un rôle sur mesure pour celui qui affectionne tout particulièrement les personnages ambigus, des flics de Mystic River de Clint Eastwood et du Wild things de John Mc Naughton au pédophile en quête de rédemption de The Woodsman. L’interprétation de l’acteur, ainsi que tout le bagage de rôles qu’il amène avec lui, est pour beaucoup dans la tension de Cop car, Bacon étant toujours aussi inquiétant quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Son personnage n’a aucun passé, et est dépeint hors de tout contexte: comme les autres personnages du film, il n’est défini par rien d’autre que par ses actions. «Je ne voulais pas faire de film polémique en quoi que ce soit, explique le réalisateur. Ce sont juste des gars qui agissent face à des situations données. C’est tout!» Quant au sort terrible réservé au seul personnage féminin du film, «c’est un accident», jure Watts en souriant, «il n’y a pas de raison, cette femme est simplement une personne qui observe un événement étrange et que je regarde décider ou non d’agir.»

Kevin Bacon / Courtoisie Fantasia
Kevin Bacon / Courtoisie Fantasia

 

Une chose est certaine: Jon Watts s’amuse comme un enfant. Il évite tout manichéisme: il n’y a ni vrais méchants, ni gentils, mais rien qu’une poignée de gars au mauvais endroit, au mauvais moment. Il brise la temporalité: saccades, flottements et autres étirements créent un suspense solide (ah! cette séquence où Bacon tente désespérément d’ouvrir une portière de voiture!). «C’était une scène difficile à tourner, explique le cinéaste, car je ne voulais pas qu’elle soit ennuyeuse par trop de longueurs. Je voulais que les événements soient aussi frustrants qu’ils auraient pu l’être dans la vraie vie. Dans les films, les gens savent toujours ouvrir toutes les serrures!»

Tout du long, Cop car adopte un ton dissonant et ludique, issu du contraste entre l’inquiétude des adultes et l’insouciance des enfants qui continuent à traiter sur le ton du jeu certaines situations graves. «Ils ont dix ans ! Je me souviens comment je pensais quand j’avais dix ans, et je voulais y être fidèle. Je déteste les films où les enfants se comportent comme des génies.»

L’humour à froid du film fonctionne en outre sur le principe de l’ironie dramatique: le spectateur a, surtout au début du récit, une longueur d’avance sur l’horreur que le personnage s’apprête à vivre. En outre, chaque scène obéit à un crescendo implacable de poisse qui contamine peu à peu tous les protagonistes dont l’imprévisibilité rajoute une tension au récit. Le film ne désire jamais se faire passer pour autre chose que ce qu’il est: une série B sans enjeux intellectuels et dépouillée de tout ce qui pourrait nuire à son exécution minutieuse. D’ailleurs, Jon Watts ne nous surprend guère quand il nous apprend que chaque plan du film a été storyboardé et filmé tel qu’imaginé. «Le film ressemble exactement à ce que je voulais, rien n’a été laissé au hasard.»

 

Cop car sera présenté une deuxième fois le mercredi 5 août à 21h30 à la salle J.A de Sève.
Le film sortira ensuite en salles le 7 août prochain.

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