Ricardo Trogi / Le mirage : Tout l'monde est malheureux
Cinéma

Ricardo Trogi / Le mirage : Tout l’monde est malheureux

Pour la première fois dans sa filmographie, Ricardo Trogi s’aventure ailleurs que dans ses terres, parce qu’il est, selon son propre aveu, le public cible du Mirage.

Après avoir disséqué le mâle québécois avec ses comparses Patrice Robitaille et Jean-Philippe Pearson (Québec-Montréal, Horloge biologique), puis revisité sa jeunesse en solo (1981, 1987, et 1991 devrait suivre), Ricardo Trogi s’approprie un scénario de Louis Morissette et François Avard.

«J’ai dit oui sans hésiter, lance le réalisateur. En cinéma, je n’ai pas encore osé aller ailleurs que dans ce que je pense connaître. Tous mes films sont très près de moi. Et c’est la première fois que j’ai un choc comme celui-là, que je me reconnais autant en lisant le scénario d’un autre. Ça amène à t’améliorer comme réalisateur, car tu vois mieux où le visuel peut venir en aide à l’écriture.» Entendre ici des fantasmes qui rappellent la Barbie de Québec-Montréal ou des inserts du quotidien qui sautent au visage, comme autant de remèdes artificiels contre l’ennui.

Là où l’équipe du film surprend, c’est que Le mirage est beaucoup plus que «la comédie de l’été» (marque déposée). «C’est plus dramatique que d’habitude, avoue Trogi. Mathématiquement, 75% du film reste dans la comédie, mais pour le quart restant, on s’enfonce dans le drame.» Et celui à qui (ou par qui?) les malheurs arrivent se nomme Patrick Lupien (Louis Morissette lui-même). Son personnage ne sait plus à quoi s’accrocher, criblé de dettes, n’arrivant plus à subvenir aux besoins de ses enfants et de sa femme dépressive (Julie Perreault), assouvissant sa libido en rêvant à la blonde (Christine Beaulieu) de son meilleur ami (Patrice Robitaille).

Ces dix dernières années, le cinéma québécois a fait la part belle au bonheur illusoire; pensons à L’âge des ténèbres, La vie secrète des gens heureux et Le bonheur des autres, écrit par un certain Pearson. «Moi, ce n’est pas le bonheur que j’ai vu en premier, mais plus la marde!», de s’exclamer le cinéaste. «J’ai déjà moi-même été dans cette roue pas arrêtable. Avec une maison en banlieue, une deuxième auto, l’école privée, la famille court elle aussi dans la roue et tu peux difficilement en sortir sans faire pogner une débarque à tout le monde!» Sans compter le couple, qui en prend aussi plein la gueule. «On ne se séparera pas, on n’a pas le temps, blague Trogi. On court, puis on oublie l’autre assez rapidement, et vice versa.» 

Autre surprise, plusieurs scènes ne comportent aucun dialogue, alors qu’on voit plutôt le protagoniste «ne pas vivre». «La répétition était bien importante. La première fois que Patrick court, je pense que ça dure une minute. Mais je trouvais ça drôle de voir quelqu’un courir devant sa porte de garage. En même temps, c’est d’une tristesse sans nom.» La musique continue néanmoins d’être un levier tragicomique essentiel, tournant même en boucle dans Le mirage«Montrer des films porno sur une musique classique, ça me semblait plus amusant que sur du AC/DC. Ça rend l’affaire un peu moins cheap.» Au final, Trogi s’interroge de nouveau sur les choix de vie, les siens y compris. «Est-on vraiment dans la vie qu’on veut? C’est tout.» C’est déjà beaucoup.

En salle le 5 août.