Le mirage : Le déclin de l’empire de Patrick Lupien
Cinéma

Le mirage : Le déclin de l’empire de Patrick Lupien

Pari réussi pour la première collaboration de Ricardo Trogi (réalisation) et Louis Morrissette (scénario). Le mirage est non seulement une bonne comédie mais aussi un film plus profond qu’il en a l’air: une production intelligente pour grand public comme le Québec sait peu en faire.

Ç’aurait pu être un énième film moralisateur sur la surconsommation, avec des dialogues qui sentent la naphtaline et qui déploient une analyse de surface, éculée et superficielle. En apparence, Le mirage est un film sur un homme endetté, exaspéré par son quotidien de banlieusard et par son confort matériel vide de sens. Un film qui a été fait et refait, pointant l’échec du néolibéralisme sans renouveler le regard. Mais par une certaine justesse de ton et par une construction dramatique habile (ainsi qu’une finale surprenante), le pire est évité. Le scénario orchestre finement la descente aux enfers de son personnage principal, Patrick (Louis Morrissette) et mise juste avec son humour juste assez puéril, juste assez lucide et critique.

Dans ce portrait d’une société sur le point d’éclater et d’un homme qui est allé au bout de son mode de vie consumériste, jusqu’à l’implosion, il y a un regard qui se rapproche presque  du cinéma de Denys Arcand dans ses meilleures années. Une capacité à mettre le doigt sur des phénomènes de déclin de l’Occident dans une texture toute québécoise, dans un ancrage local puissant.

Julie Perreault (Isabelle) et Louis Morrissette (Patrick) dans Le Mirage
Julie Perreault (Isabelle) et Louis Morrissette (Patrick) dans Le Mirage

Il n’y a pourtant rien de savant dans ce film qui ne fait que poser sa caméra sur l’homme ordinaire et qui, même, le caricature un peu poussivement par moments. Il est au bord de la faillite, ne sait plus gérer une conjointe en burn-out (Julie Perreault) et fantasme sur la copine sexy (Christine Beaulieu) de son meilleur ami (Patrice Robitaille). Mais les dialogues, juste assez mordants, juste assez réalistes, exposent avec justesse le trop-plein dans lequel nagent Patrick et son entourage, notamment dans toutes ces scènes autour de l’extracteur à jus: des conversations stéréotypées sur le dernier produit à la mode mais néanmoins pas particulièrement exagérées, très réalistes même si elles sont tristement caricaturales.

Allongeant le regard, Trogi et Morrissette explorent aussi l’obsession de sa propre image et le culte des apparences – inévitable extension du matérialisme jusqu’à nos propres corps – à travers l’obsession de la chirurgie plastique et des seins refaits. Le corps comme objet est un motif comique récurrent, lequel provoque un rire grinçant, notamment dans de nombreuses séquences oniriques parodiant la pornographie sur fond de musique classique. Ces scènes rappellent, comme le soulignait le collègue Nicolas Gendron, certaines scènes fantasmatiques du quasi-classique Québec-Montréal. C’est du Trogi, et même si la mécanique du rêve érotique est un peu éculée, c’est d’une efficacité redoutable comme révélateur de l’inconscient d’un certain mâle contemporain.

Christine Beaulieu (Roxanne) dans Le mirage / Crédit: Les films Séville
Christine Beaulieu (Roxanne) dans Le mirage / Crédit: Les films Séville

Ce que Morrissette et Trogi explorent par là est une obsession pour le sexe qui, d’ailleurs, mènera Patrick Lupien à un dérapage, dans une scène marquante qui fera jaser et qui s’inscrira dans les nombreux débats actuels sur la notion de consentement sexuel et de culture du viol. L’intelligence du film est d’approcher ce terrain glissant sans tomber dans le piège manichéen de la victime et de l’agresseur, en faisant survenir cette scène après une longue contextualisation qui permet de réfléchir à l’enjeu en connaissant toutes les circonstances. Elle a aussi le mérite d’inscrire cet épisode de dérapage sexuel dans un arrière-plan sociétal, invitant à une réflexion qui dépasse les poncifs psychologiques et la seule notion de jeu de séduction et de pouvoir. 

Morrissette, dans ce rôle de gars ordinaire au bout du rouleau, est à son aise. Patrick Lupien est une bonne pâte mais il n’est pas un imbécile heureux : un gars cynique et critique du monde dans lequel il vit, mais tout de même un homme conformiste, qui joue le rôle qu’on lui a assigné même s’il s’est lassé de sa partition il y a longtemps. Le comédien incarne tout cela: de l’assurance autant que des failles apparentes; de l’aplomb autant qu’une certaine forme d’inertie. Quand tout cela va craqueler jusqu’à un seuil critique, il atteindra un point de non-retour. Et ses décisions finales vont alimenter les discussions à la sortie de la salle de cinéma. Assurément.

Présentement en salle

 

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