Sonia Bonspille Boileau / Le dep : Face au passé
Cinéma

Sonia Bonspille Boileau / Le dep : Face au passé

La réalisatrice Sonia Bonspille Boileau trace, avec Le dep, le portrait de personnages forts qui, en situation d’urgence, devront faire face à leur passé chargé de violence et de drames.

Construit à partir de faits vécus, le scénario du premier long métrage de Sonia Bonspille BoileauLe dep, invite le spectateur à partager le quotidien d’une petite communauté innue fictive, par l’entremise de quelques heures vécues dans le dépanneur et station-service du coin. D’abord prévu court métrage, Le dep est devenu long lorsque Téléfilm Canada a ouvert le programme «micro budget» – moins de 250 000$ –, qui a aussi déterminé une grande partie de la production du film – d’où l’idée de travailler en huis clos, avec peu de personnages.

C’est par de froides nuits d’hiver que Le dep a été réalisé au Dépanneur 27 de Val-des-Monts, en Outaouais. Entre les bourrasques de vent, le craquement des pas sur la neige et les poches trouées d’une fin de mois se joue un drame. Alors que Lydia (Ève Ringuette) travaille au dépanneur de son père Serge (Marco Collin) et s’apprête à fermer boutique, un vol à main armée survient, commis par PA, sous influence (Charles Buckell-Robertson).

Cette histoire de trahison, de conflits familiaux, de violence et de loyauté est jouée avec sincérité par des acteurs autochtones investis qui, selon la réalisatrice, disposaient d’une fenêtre pour jouer autre chose que le stéréotype de «l’Indien»: «C’est Charles qui me parlait du fait qu’il était tanné de “juste jouer l’Indien”. “Quand on m’appelle pour jouer dans un film, c’est pour jouer l’Indien, c’est toujours folklorique, jamais de personnalité, jamais de profondeur d’émotion.” C’est toujours unidimensionnel. C’était la première fois qu’il avait un rôle principal, tout comme Ève.»

C’est en jouant sur le terrain du quotidien des communautés autochtones, mais aussi de toute communauté, que la réalisatrice a projeté le scénario en images: «Je voulais que les thèmes et les émotions soient universels. Ce n’est pas propre aux Autochtones, ce n’est pas juste en communauté. Cette réalité-là existe ailleurs. La ligne entre les deux, c’est un peu toujours ce que j’essaie de faire, car c’est comme ça que je me vois. Je suis Mohawk du côté de ma mère et Québécoise du côté de mon père, donc […] c’est un peu l’histoire de ma vie, de marcher sur cette ligne entre deux mondes.»

C’est par le personnage de Lydia que la plupart des tensions et dilemmes surviennent. Inspiré des cheminements de la réalisatrice et de l’actrice, le personnage s’est construit naturellement puisque les deux femmes ont, elles aussi, quitté leur communauté: «À toutes les fois que je reviens, j’ai toujours ce questionnement-là: est-ce que j’appartiens vraiment à la communauté ou non? Tu fais des efforts pour montrer que ça te tient encore à cœur, mais t’habites plus là. Ève aussi a vécu la même chose: elle a quitté sa communauté, pour essayer d’y retourner plus tard, mais elle avait ce même sentiment-là face à la perception des gens.»

Le personnage de Lydia se pose donc en plaque tournante du film: «À la base, je voulais surtout créer des personnages qui avaient un passé et devaient faire face à ce passé pour avancer. Surtout pour le personnage de Lydia, parce que c’est une femme autochtone, et je pense qu’on est dans une ère où on a besoin de voir des femmes autochtones fortes à l’écran.» Elle capture ainsi l’idée de l’enfant prodigue qui retrouve la voie de la communauté, mais aussi de celle qui a réussi à éviter le chemin de l’alcoolisme, de la drogue et de la violence – identifiés, entre autres, chez les personnages de Régis (Robert-Pierre Côté), de PA, de la mère Brigitte et du père. Elle porte le poids de celle qui est partie en ville pour s’échapper et qui, de retour chez elle, vient prêter main-forte à la famille et trouve l’amour en la personne du jeune policier blanc de la Sûreté du Québec (Yan England). Jouer sur la ligne est donc bien peu dire.

En salle le 7 août