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Cinéma

Olivier Godin / Nouvelles, Nouvelles : La douce folie de l’artisan

L’univers décalé d’Olivier Godin, cinéaste artisan épris de liberté, débarque enfin au cinéma avec son second long métrage Nouvelles, Nouvelles.

Depuis sa formation en cinéma à l’Université Concordia, son nom et ses films singuliers, parmi lesquels Le pays des âmes et son court La boutique de forge, circulent librement dans les festivals, au FNC, aux Rendez-vous du cinéma québécois et autres ciné-clubs. Mais c’est la première fois, avec son long métrage Nouvelles, Nouvelles, qu’Olivier Godin voit une de ses œuvres sortir officiellement en salle. Avec son affection pour un cinéma fantastique, inspiré par les auteurs québécois Yves Thériault et Jacques Ferron, l’artiste cultive le goût du risque.

Il se réclame moins d’un cinéma indépendant que d’un cinéma à hauteur d’homme. «J’ai toujours visé quelque chose d’épique, mais d’une façon très artisanale, précise Godin. Je ne me limite pas dans l’écriture et je laisse ma plume courir. On trouve les solutions plus tard. Dans Nouvelles, Nouvelles, par exemple, la parole sert à raconter autrement, elle est très évocatrice. Dans cette mesure-là, la pauvreté devient enrichissante. Avec dix jours de tournage en pellicule et peu de moyens, on n’a pas le choix d’être rigoureux. Je ne me plains pas, jusqu’à maintenant, je réussis à faire des films qui me satisfont grâce au soutien des Conseils des Arts.»

Etienne Pilon dans Nouvelles, Nouvelles / Crédit: La distributrice de films
Etienne Pilon dans Nouvelles, Nouvelles / Crédit: La distributrice de films

 

Quelque part entre Jim Jarmusch et Olivier Asselin, contournant les genres pour mieux les marier, Godin appuie son histoire aussi loufoque que profonde et texturée sur l’œuvre du conteur et musicien Alain Lamontagne, d’abord sur L’âge de raison, «un récit sur l’éternité qui fait penser à du Borges enquébécoisé», puis sur sa version de la chanson Dans la ville de Paris, qui sert de structure au scénario, avec «l’idée des trois capitaines qui courtisent la même femme». En plus d’emprunter au philosophe Friedrich Hölderlin et à son roman Hyperion, de même qu’au minimalisme du peintre israélien Avigdor Arikha pour composer les images et l’environnement des personnages, avec la directrice photo Miryam Charles et le directeur artistique Maxime Brouillet.

Mais rassurez-vous, au-delà de ces références bien choisies, nul besoin de posséder toutes les clefs pour pénétrer dans l’univers décalé, pourtant familier, de Nouvelles, Nouvelles, qui affiche rapidement ses propres codes. Le réalisateur-scénariste y dessine plusieurs quêtes entrecroisées, à l’aube de Noël, à commencer par celle de Lamirande (Étienne Pilon), surnommé le Libérateur, mort et ressuscité alors même que sa vie est recréée sur grand écran, censé retrouver la trace d’une actrice en péril (Rose-Maïté Erkoreka). Sans compter ce Eugène (Paul Ahmarani) qui enquête sur Lamirande à son tour, un curé à la mine triste (Mani Soleymanlou) et un barman placide mais non moins interventionniste (Fayolle Jean), qui gravitent autour de l’auberge La voie lactée.

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Paul Ahmarani dans Nouvelles, Nouvelles / Crédit: La distributrice de films

 

Si ce synopsis paraîtra échevelé aux gens pressés, il peut compter sur un puissant liant: un humour aiguisé aux tonalités multiples, tantôt noir, tantôt philosophique, mais toujours surprenant, capable de convier Proust et une tourtière dans un même gag! On est ici en présence d’une vraie comédie, aussi peu conventionnelle soit-elle. «À la première, au FNC, je ne pensais pas que ça allait rire autant, avoue le cinéaste. J’étais le premier surpris, même si je voulais faire une comédie. Le film a également été sélectionné en Roumanie dans un festival de comédie; j’étais heureux que l’humour passe, même pour le sélectionneur qui le regardait avec des sous-titres. Je prends soin de choisir des comédiens qui sont conscients de leur pouvoir comique, comme Fayolle Jean, dont le jeu est presque chronométré.» La direction d’acteurs est d’ailleurs particulièrement épurée, réglée comme du papier à musique.

Godin ne pratique pas non plus un humour poussif, loin de là, essaimant ses traits d’esprit parmi les fulgurances poétiques, les mises en abyme et les envols narratifs. «J’aime traiter les gags sans les appuyer. Je trouve que certaines comédies nous dictent trop à quel moment rire. J’avais juste envie d’un film léger, où l’humour est présent, mais où il faut aller le chercher. À chaque projection, le public ne rit jamais au même moment. Comme on est beaucoup dans la parole, ça ne met pas tout le monde confortable; j’ai l’impression que ça crée une tension, entre autres durant les monologues.»

Il est le premier à l’admettre : le spectateur doit s’abandonner à cet univers ludique pour adhérer à la proposition d’ensemble. Comme le suggérait un de ses personnages: «Il faut préférer le doute à la conviction».

En salle le 14 août

La première projection, demain vendredi 14 août à 19h15 à Excentris, se fera en présence du réalisateur Olivier Godin, mais aussi de la comédienne Rose-Maïté Erkoreka et du comédien Fayolle Jean.

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