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Cinéma

Philippe Falardeau et Patrick Huard / Guibord s’en va-t-en guerre : La carte et le territoire

Avec Guibord s’en va-t-en-guerre, Philippe Falardeau signe, à 47 ans, son sixième long métrage de fiction. Après Monsieur Lazhar qui abordait des questions sur notre rapport à l’autre, son dernier-né traite cette fois-ci du métier de politicien, sans aucun cynisme.

Comédie politique grinçante, Guibord s’en va-t-en-guerre est le premier scénario original de Philippe Falardeau depuis Congorama en 2006. Une fiction qui équilibre très bien l’humour et le propos politique, un long métrage qui arrive à point avec la campagne électorale qui bat son plein.

«Stéphane Lafleur est arrivé à un moment très précis de l’écriture où je ne semblais pas assumer la direction que j’avais prise sur le plan du scénario, dit Philippe Falardeau. À un moment donné, tu y vas ou tu n’y vas pas. Et il m’a donné un bon coup de pied au derrière pour que je plonge entièrement dans mon sujet et que j’assume l’humour entièrement tout en gardant la dimension politique. Si le film reste relativement pessimiste sur le plan politique, je pense qu’il est assez optimiste sur le plan humain.»

Steve Guibord (Patrick Huard) est un député fédéral indépendant (et ancien joueur de hockey professionnel) qui représente l’immense comté nordique de Prescott-Makadewà-Rapide-aux-Outardes. Un jour, un stagiaire impromptu dénommé Souverain Pascal (Irdens Exantus) arrive d’Haïti. Il sera son allié le plus précieux. La vie de Guibord, de sa fille Lune (Clémence Dufresne-Deslières) et de sa femme Suzanne (Suzanne Clément) bascule le jour où il détient le vote décisif qui décidera si le Canada entre en guerre.

Philippe Falardeau (en compagnie de Patrick Huard): «Si le film reste relativement pessimiste sur le plan politique, je pense qu’il est assez optimiste sur le plan humain.» / Crédit: Antoine Bordeleau
Philippe Falardeau (en compagnie de Patrick Huard): «Si le film reste relativement pessimiste sur le plan politique, je pense qu’il est assez optimiste sur le plan humain.» / Crédit: Antoine Bordeleau

 

La relation entre Guibord et Souverain est faite de dialogues et d’apprentissages, des thèmes qui sont au cœur de la filmographie de Falardeau, ancien candidat de la Course destination monde, faut-il le rappeler. Cette fois-ci, le Sud (Haïti) semble regarder le Nord (Canada), et la présence de ce stagiaire haïtien au cœur de l’intrigue amène un regard nouveau pour le député Guibord.

«Souverain ramène Guibord dans ses convictions initiales de jeune qui voulait jouer dans la LNH, dit Patrick Huard. Il est confronté à l’idéalisme de ce jeune homme; cela le ramène à ses premières convictions et à ses ambitions de jeunesse. En même temps, il amène à Souverain une connaissance pratique du terrain. Au final, Guibord et Souverain sont une seule et même personne: Philippe Falardeau. Guibord est le Philippe terre à terre qui va aux Alouettes, qui chiale, qui mange des hot-dogs et qui est proche du monde. Souverain est l’intellectuel qui a fait le tour du monde 21 fois et qui a été habitué à être l’étranger qu’on regarde.»

Souverain et Guibord / Crédit: Ronald Plante
Souverain et Guibord / Crédit: Ronald Plante

 

Au fil de l’intrigue, le film devient un road-movie où nos deux héros principaux échangent sur la démocratie et sur l’importance du contact direct avec la population. C’est en effet le pari de Guibord, qui va aller consulter tous les gens de son comté à propos de l’engagement ou non du Canada dans la guerre. Le territoire immense du Nord-du-Québec devient en quelque sorte un autre personnage de ce film qui explique qui nous sommes. Le choix d’aller tourner ce film au nord du Québec allait de soi pour Philippe Falardeau,

«Les enjeux étaient plus intéressants dans le Nord-du-Québec plutôt que dans un grand centre urbain parce qu’ils étaient plus visuels. On ne peut pas comprendre Guibord sans comprendre dans quel territoire il évolue. Le spectateur doit être témoin de cela, il doit le vivre sur la route avec eux, mais il doit également le voir. Ce n’est pas banal lorsqu’on pense que le territoire que couvre un député en ville est bien souvent d’un kilomètre carré.»

Film pleinement québécois et s’adressant à un public québécois, il réussit avec habileté à cartographier le territoire, mais il tend également à radiographier notre relation à la politique sans jamais faire appel à la sempiternelle question indépendantiste. Il met en relief le rapport complexe que le peuple québécois entretient avec sa démocratie, son rôle dans le Canada et son problématique dialogue avec les premiers habitants du territoire.

«On ne peut plus prétendre d’aucune façon régler un problème constitutionnel sans régler la question autochtone en dialogue avec eux, dit Philippe Falardeau. Il faut d’abord régler la question autochtone avant de régler la question québécoise. Ma position là-dessus est radicale. Il est impensable de continuer à jouer à l’autruche dans ce dossier.»

Le nouveau long métrage de Falardeau aborde plusieurs questions sérieuses sous le filtre de la comédie. Le personnage joué par Patrick Huard demeure un homme droit, simple, qui réglera, au fil de l’intrigue, plusieurs conflits larvés.

«Steve Guibord est l’antithèse du politicien corrompu, dit le comédien. Lors de la lecture du scénario, c’est son côté humain et ordinaire qui m’a séduit. C’est un gars qui essaie de faire du mieux qu’il peut. J’aime ces personnages, je connais ces gens et je les côtoie. C’est avec eux que je me sens le mieux en tant qu’acteur. En tant qu’ancien joueur de hockey, il a aussi été inspiré par Joé Juneau, qui s’est lui aussi beaucoup impliqué dans le Nord-du-Québec.»

Guibord s’en va-t-en guerre est une habile comédie politique, très près de la réalité. Le rythme du film soutenu par la musique de Martin Léon (troisième collaboration avec le réalisateur) et la pièce Bo Mambo d’Yma Sumac donne une cadence trépidante qui reflète bien les diverses étapes de la quête de Guibord. Il faut également noter la performance de Clémence Dufresne-Deslières dans le rôle de la fille du député de Rapide-aux-Outardes et l’hilarant Paul Doucet en personnificateur de Stephen Harper.

Ainsi, l’avertissement de Philippe Falardeau qui apparaît au début du film pour nous dire que celui-ci «est basé sur des faits véridiques qui ne se sont pas encore produits, mais qui ne sauraient tarder» ne saurait mieux évoquer la situation actuelle qui prévaut au Canada, qui vit en ce moment une campagne électorale essoufflante.

 

En salle le 2 octobre

 

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