Ne manquez rien avec l’infolettre.
Crimson Peak : Amours gothiques
Cinéma

Crimson Peak : Amours gothiques

En plus d’être un chef d’oeuvre sur le plan visuel, le conte mélodramatique et macabre Crimson Peak renoue avec les premières amours de Guillermo Del Toro et déroule les ténèbres et splendeurs de ses meilleurs films, Cronos et Le Labyrinthe de Pan en tête.

Comme dans tout récit type du courant gothique, on trouve dans Crimson Peak un lieu lugubre isolé, possiblement hanté par des fantômes du passé, une passion amoureuse et une héroïne persécutée. Tout commence dans l’Amérique de la Révolution industrielle où la jeune Edith Cushing (Mia Wasikowska) se rêve en Mary Shelley, l’auteure de Frankenstein. Capable de communiquer avec l’au-delà depuis le décès de sa mère, ses ennuis commencent après son mariage avec Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston). Elle déménage alors en Angleterre, dans une grande demeure défraîchie où habitent la soeur de son mari (Jessica Chastain) ainsi qu’un bon nombre de … spectres !

Avec ce neuvième long-métrage, Guillermo Del Toro lorgne donc ouvertement vers les classiques du genre gothique, qu’ils soient littéraires ou cinématographiques. On pense notamment aux romans Rebecca de Daphne du Maurier et Les Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe ou encore aux productions des studios de la Hammer, tout particulièrement les films de Terence Fisher – dont Horror of Dracula, avec qui il partage un même parfum érotique latent. Cette nostalgie du cinéphile Del Toro fait écho à celle des personnages, tous dans l’incapacité de laisser leur passé derrière eux. Le scénario, coécrit avec Matthew Robbins, après une précédente collaboration sur le film Mimic, l’explicite d’entrée de jeu : les fantômes symbolisent le passé. Il ne faudra pas chercher de double lecture très poussée au coeur de ces amours gothiques, Del Toro vise d’abord et avant tout le plaisir des yeux et l’hommage à un courant qui a inspiré toute son oeuvre (oui, jusqu’au monstre Hellboy).

Crimson Peak est une grande réussite en la matière : avec un fascinant sens du détail, le réalisateur d’origine mexicaine bâtit un univers absolument splendide, à l’esthétique inquiétante, où se côtoient papillons de nuit et charognes ensanglantées. De la première apparition d’un fantôme (rappelant le Nosferatu de l’expressionniste Murnau) aux feuilles d’automne qui tombent du toit percé de la sombre demeure, le film s’engouffre dans une poésie noire que Del Toro n’avait pas retrouvée depuis son Labyrinthe de Pan. Enveloppé de la musique du compositeur Fernando Velázquez, qui se cache derrière les bandes sonores d’excellents films de genre récents (entre autres, les espagnols Mamá de Andrés Muschietti et L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona, produits d’ailleurs par Del Toro), Crimson Peak accouche d’une horreur soignée, élégante, mais aussi émouvante.

En effet, l’attention extrême portée aux décors, aux costumes et aux effets spéciaux n’étouffe jamais l’intensité émotionnelle des événements du récit, qu’il s’agisse de deuil, de solitude, de peur ou de folie amoureuse. Il faut dire que le trio d’acteurs y est pour beaucoup. Wasikowska, en orpheline ingénue, est capable de fulgurances lacrymales très crédibles. Quant au duo Hiddleston/Chastain, animal et séducteur, il rivalise sans peine avec celui, vampirique, du film Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, dans lequel déjà les yeux bleus perçants d’Hiddleston insufflaient à l’horreur une cruelle mélancolie.

En salle aujourd’hui, vendredi 16 octobre

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie