Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

The forbidden room : Ne réveillez pas le volcan qui dort

Avertissement : préparez-vous à être happés par la spirale d’un rêve qui n’en finit plus de flirter avec le cauchemar. Bienvenue chez Guy Maddin!

11e long métrage du Manitobain Guy Maddin, à qui l’on doit les dépaysants The Saddest Music in the World, My Winnipeg et Keyhole, le très touffu The Forbidden Room ne laissera personne indifférent, tant il repose sur des mécanismes de création aussi instinctifs qu’expérimentaux et psychanalitiques. Coréalisée avec le nouveau venu Evan Johnson, un jeune confrère de Winnipeg, sa nouvelle offrande ne ressemble à rien et convoque en son sein les extrêmes les plus improbables.

C’est l’histoire d’un équipage captif d’un sous-marin, en panne d’oxygène et surtout d’un réel capitaine. Non, attendez, c’est l’histoire du coureur des bois (Roy Dupuis) qui leur rend visite et atterrit à bord, Dieu sait comment! Et de la belle amnésique Margot (Clara Furey) qu’il recherche désespérément, depuis qu’elle a été kidnappée par une meute de loups rouges. Sans oublier la mystérieuse femme au collier (Marie Brassard), l’avocate de la génération perdue (Céline Bonnier), une jeune motocycliste aux os brisés (Caroline Dhavernas) et même une banane aux crocs de vampire!

Trop simple? Vous n’avez encore rien vu ni entendu, parce que ça déboule et ça défile ici en une suite ininterrompue de souvenirs diffus, de rêves cauchemardesques et d’hallucinations à peines voilées. Et ça ne s’emboîte pas aussi aisément que des poupées russes. La chambre interdite – celle de l’âme, de la conscience, de « l’enfant intérieur » que repousse violemment le personnage de Karine Vanasse? – prend plutôt la forme d’un vrai labyrinthe, comme souvent chez Maddin; et n’y entre pas qui veut. L’univers en présence est archicodé, donc tantôt rébarbatif, tantôt hypnotique. La cohérence et la linéarité ne sont pas des mots d’ordre, vite remplacées par l’onirisme et le surréalisme. Chacun a le droit de rêver, même un volcan en fusion.

Les deux cinéastes ont pris ce film à bras-le-corps, en brassant la cage de leur propre cinéma. Ils ont ouvert les portes de leur tournage au public, pour plusieurs séquences tournées au Centre Phi, à Montréal, et au Centre Pompidou, à Paris, tout en donnant à leur œuvre des allures d’installation artisanale et de collage d’archives d’un septième art dépoussiéré, et pourtant les deux pieds dans un non-temps fantasmatique. Les images sont triturées, texturées, carbonisées, rappellant les beaux jours du cinéma muet ou de l’expressionnisme allemand, jusqu’au cinéma expérimental d’aujourd’hui. Tous les mariages sont permis : on y cite la bible et de grands auteurs, pendant que l’acteur fétiche de Maddin, Louis Negin, joue de multiples rôles et raconte des blagues de baignoires. Et toute la distribution est annoncée au fur et à mesure à la fois par ses personnages et ses interprètes, comme si les acteurs dédoublaient leur propre mythe. Ce qui contribue à la confusion, ou au deuxième degré, c’est selon. Malheureusement, plusieurs d’entre eux en sont réduits à des caméos, et bonsoir Charlotte Rampling et Geraldine Chaplin!

The Forbidden Room est une aventure de cinéma à nulle autre pareille, non dénuée d’humour. Film de clôture au tout récent FNC, on se demande cependant si elle ne se range pas trop rapidement dans la catégorie du cinéma de niche. Ou du trip hallucinogène! Les deux ont leurs vertus, cela dit. Pour cinéphiles aguerris. 

En salle le 23 octobre

 

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie