Renée Beaulieu / Le garagiste : Adrien entre la vie et la mort
Cinéma

Renée Beaulieu / Le garagiste : Adrien entre la vie et la mort

Dans Le garagiste, Normand D’Amour incarne un homme de peu de mots et amant de la nature qui décide une fois pour toutes de dire adieu à sa vie. Conversation sur la vie et la mort avec la cinéaste Renée Beaulieu.

Dans une autre vie, Renée Beaulieu était pharmacienne. C’est là qu’elle a eu pour la première fois le choc de rencontrer un homme malade qui avait décidé de faire fi de la morale ambiante et des lois pour mettre un terme à sa vie et à des années de souffrance. Le sympathique client est un jour venu lui faire ses adieux: il avait décidé de cesser les traitements qui le rattachaient à l’existence. «Je n’étais pas proche de cet homme, dit-elle, mais ce fut tout de même une onde de choc très particulière, un sentiment intense.»

Le sujet ne l’a plus jamais quittée. Dans un Québec qui verra bientôt appliquée une nouvelle loi permettant l’aide à mourir et où la notion de suicide assisté jouit d’une haute acceptabilité sociale, le film de Renée Beaulieu ne risque pas de faire scandale. Mais il a le potentiel de toucher un vaste public et de faire réfléchir à la question du droit de mourir au-delà du cadre légal dans lequel cette question a été agitée récemment.

«Pour moi, le droit de décider de sa propre mort ne concerne pas seulement les patients des soins palliatifs ou les gens hyper-mourants, dit-elle. Le personnage de mon film se garde en vie par des traitements hebdomadaires de dialyse mais il est autrement en pleine forme et son choix de cesser de vivre suscite l’incompréhension. Or, je pense qu’on n’est pas du tout obligés de vivre. Quiconque est capable de réfléchir véritablement à son désir de finitude, faisant preuve de lucidité, devrait avoir le droit de disposer de sa vie.»

Ce film pose ainsi frontalement «la question philosophique de la liberté», cherchant en l’humain une aspiration à «la liberté profonde, la liberté pure». «Adrien est un homme simple, mais son parcours le mène aussi à cultiver la liberté de faire des choix qui ne correspondent pas à ce qu’on attend de lui. Il abandonnera progressivement le garage dans lequel il travaille, et se collera de plus en plus à la nature: il ne veut plus rendre de comptes.»

Tourné à Trois-Pistoles dans la région d’origine de la cinéaste, bastion de vastes paysages riverains, Le garagiste cumule les scènes de communion de l’homme et de la nature, filmant le tout de manière très sobre. Tourné sans financement public, le film cultive une grande modestie et des images anti-spectaculaires, à l’instar de son personnage principal. «Adrien est un personnage animal, dit la réalisatrice. Il n’est pas très ancré dans le social et il choisit de se débrancher de la machine comme il choisit de se débrancher du progrès, pour se rapprocher de la nature, des grands espaces et en quelque sorte de sa propre nature.»

Néanmoins, avant de se retirer du monde, Adrien aura eu le temps de développer discrètement une relation de tendresse avec un fils qu’il n’avait pas connu, auquel il léguera un héritage sans trop s’imposer à lui. «Les liens du sang, même quand ils sont inconnus des principaux intéressés, sont très forts», conclut la cinéaste.

 

En salle le 6 novembre.

 

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