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Cinéma

007 Spectre : La mort aux trousses

Chapitre faible, 007 Spectre ne retrouve ni la profondeur psychologique de Skyfall, signé également par Sam Mendes, ni les noirceurs des derniers opus, Casino Royale et Quantum of solace. D’abord parce qu’il lui manque un bon méchant…

Hitchcock n’avait pas tort quand il affirmait que plus le méchant est réussi, plus le film l’est aussi. Il faut dire que Skyfall, le précédent 007, avait mis la barre très haut avec son spectaculaire Raoul Silva que campait Javier Bardem. À côté, le Christoph Waltz de Spectre fait pâle figure, ratant son numéro de comique fou. L’acteur, qui cabotine beaucoup depuis Inglorious Basterds de Tarantino qui l’a révélé au grand public, y interprète mollement le chef d’une organisation terroriste secrète nommée Spectre, jusqu’à laquelle James Bond (le toujours très classe Daniel Craig) a réussi à remonter après le décès de M (Judi Dench). Étrangement, ce bad guy manque doublement de chair et de caractère, à la fois sur le papier et à l’écran, et ce malgré son importance majeure dans la saga 007.

La faute, peut-être, au désir évident de retourner à un esprit Bond plus traditionnel, où les gadgets, les plaisanteries et les conquêtes féminines prendraient davantage de place que les traumatismes passés du héros torturé ou les états d’âmes des méchants, transformés ici en brute épaisse muette, jeune loup ambitieux ou clown triste. Malheureusement, le film entier en pâtit: sans méchant de taille, à aimer et à haïr jusqu’à l’habituel duel final, Spectre peine à retenir l’attention, malgré un beau tour du monde de Londres à Rome en passant par Tanger.

La scène d'ouverture en pleine Parade des morts © 2015 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc., Danjaq, LLC et Columbia Pictures Industries
La scène d’ouverture en pleine Parade des morts © 2015 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc., Danjaq, LLC et Columbia Pictures Industries

La première scène, un plan séquence dans les rues de Mexico, le jour de la fête des Morts, laissait entrevoir pourtant les belles promesses d’un opus placé sous le signe de la Grande Faucheuse. Nerveuse, ample, inquiétante, cette séquence d’ouverture qui atteint son apogée dans une efficace scène d’hélicoptère, annonçait des couleurs plus sombres que celles finalement arborées par cette 24ème aventure de James Bond. «Les Morts sont vivants», écrivait d’ailleurs le film, illustrant cette maxime à plusieurs reprises: lorsque Bond, traversant les ruines, est confronté aux photographies de tous les récents défunts de la saga ou bien lorsqu’il navigue sur un fleuve autrichien, au milieu de montagnes glacées, comme il naviguerait sur le Styx. La Mort, dans Spectre, est partout: des corbeaux dévoreurs de chair aux flammes de l’enfer du générique (affublé hélas d’un mauvais titre de Sam Smith).

Malgré cela, Spectre s’entête à vouloir basculer vers la lumière, ce qui lui sied moins au teint. Ce refus de la noirceur apparaît à maintes reprises: en compagnie de ses femmes d’abord – Monica Bellucci, et Léa Seydoux dans le rôle de Madeleine Swann. Accablées par la Mort (de l’époux, du père), elles retrouveront bien vite le sourire et l’espoir dans les bras de Bond. Entre les respirations humoristiques imposées par le script ensuite, dans la veine des 007 d’antan : Bond s’écrase ainsi droit dans un canapé miraculeusement posé au coeur des ruines, échange une voiture de luxe contre du bon champagne ou encore plaisante sur une montre dépourvue de fonctionnalités, autre que celle de lire le temps. C’est dommage tant Mendes est bon lorsqu’il filme la destruction – des mythes (American Beauty, Jarhead) ou des couples (Revolutionary Road). En témoigne un plan magnifique où la caméra du réalisateur britannique se place derrière Bond et Swann qui, légèrement de profil, assistent à l’effondrement massif et flamboyant des locaux du méchant.

En salle le 6 novembre

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