Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

Room : Jamais sans mon fils

Expérience cinématographique et sensorielle épatante à maints égards, Room est un film tridimensionnel qui délaisse le spectaculaire au profit de l’humain.

Scénarisé par l’auteure canado-irlandaise Emma Donoghue, d’après son propre roman à succès, Room provoque vagues d’amour et bouffées de tendresse sur son passage, comme en témoigne le prix du public décroché au tout récent Festival de Toronto, et qui préfigure souvent une belle lancée à son récipiendaire, jusqu’aux Oscars. L’Irlandais Lenny Abrahamson peut donc aspirer cette fois à un succès planétaire avec ce cinquième long métrage, après avoir braqué sa caméra sur les petites gens de son pays (Adam & Paul, Garage) et leurs gloires douces-amères (What Richard Did) ou drolatiques (Frank, avec un Michael Fassbender en papier mâché!).

Inspiré par l’affaire Fritzl, et autres faits divers plus ou moins sordides de captivité, le roman campait son récit à travers les yeux de Jack, gamin de 5 ans qui ne connaît du monde que les limites d’un cabanon à jardin où il est né, et que sa mère et lui ont surnommé The Room. Si le film ne tient pas cette convention d’un bout à l’autre, il s’en nourrit abondamment dans ses deux premiers actes, par une narration doucement naïve et une caméra parfois subjective : d’abord pour établir l’univers étrange d’un «enfant de la captivité», pour qui la télévision et une lucarne sont les seules portes d’entrées vers un imaginaire différent de la triste et mince réalité, puis dans le choc inédit de découvrir qu’on lui a menti. Sa mère, Ma (Brie Larson, qui plonge dans ce rôle corps et âme), n’a d’autre choix que de lui raconter son enlèvement si elle veut les extraire une fois pour toutes des mains de leur ravisseur.

Sans vouloir gâcher quoi que ce soit, puisque Room n’est pas un film d’enquête, il y aura évasion, et elle donne lieu à une scène magnifique, d’une éclatante sobriété, où les frissons naissent tout à la fois de la peur et de la découverte émerveillée du monde extérieur. Après quoi le troisième acte du film, s’il perd la densité du huis clos du début, pose avec délicatesse les questions essentielles qui émergent d’un tel drame. Il y a bien sûr la médiatisation à outrance, qui peut faire perdre pied, mais aussi ce malaise inévitable : cet enfant n’est pas né de l’amour, mais il a survécu grâce à lui… Ce paradoxe vous prend à la gorge et bouscule les fondements de votre moralité. Noyée par moments par une musique tire-larmes franchement agaçante, cette œuvre humaniste repose certes sur le grandiose de ses sentiments, mais elle donne surtout à voir le talent brut de Jacob Tremblay, qui porte le film comme le «petit grand acteur» qu’il est, dans la peau d’un Jack timoré et hypersensible. Si le personnage tire sa force de sa longue chevelure, Room doit beaucoup de sa transcendance à son superbe interprète.

Présentement en salle.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie