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Cinéma

Legend : Régime minceur

Film de genre sans réelle personnalité, Legend est surtout aux prises avec deux personnages costauds ayant subi un piètre régime minceur.

Le réalisateur Brian Helgeland (Payback, 42, ou encore deux titres commerciaux avec Heath Ledger, A Knight’s Tale et The Order) n’est quand même pas né de la dernière pluie. Mais son talent premier semble être celui de raconteur d’histoires, lui qui a scénarisé avec succès bon nombre de films plutôt sombres, dont l’enfumé L.A. Confidential et le poignant Mystic River. Le hic, c’est que cette fois-ci, il a négligé tout autant son récit que sa mise au monde.

Emily Browning et Tom Hardy dans Legend / Crédit: Remstar
Emily Browning et Tom Hardy dans Legend / Crédit: Remstar

Dans les années 1960, dans le milieu interlope londonien, sévissaient deux frères jumeaux, Reggie et Ron Kray (Tom Hardy, dans un double rôle qui tient lieu de seul véritable attrait envers la production), l’un au tempérament de gangster-gentleman, l’autre à la nature schizophrénique paranoïde. La teneur de leurs activités est esquissée mais jamais approfondie, si ce n’est dans leurs visées mégalomanes. En quoi le mot Kray était-il réellement devenu une marque de commerce aussi puissante que Shell ou Ford? Au cœur de son récit, Helgeland préfère miser sur la relation amoureuse de Reggie avec la jeune Frances (pâle Emily Browning).

Et c’est là que le bât blesse, puisque la narration est confiée à ce personnage certes symbolique, mais dont les réflexions fleur bleue n’ancrent jamais le récit dans l’urgence, ni même dans la vérité. Non seulement sa présence ramène sur le tapis, et peu subtilement, un dilemme récurrent dans les films de bandits – l’amour serait-il la voie de la rédemption? –, mais le scénario dévie alors de sa portion la plus riche, soit le conflit de personnalités opposant les jumeaux jusqu’à sceller leur triste sort. On effleure à peine la moelle de ces anti-héros et on s’y attache encore moins.

Tom Hardy dédoublé dans Legend / Crédit: Remstar
Tom Hardy dédoublé dans Legend / Crédit: Remstar

Tom Hardy se révèle depuis une dizaine d’années particulièrement doué pour les compositions physiques (Bronson, Warrior, le Bane de The Dark Knight Rises et le tout nouveau Mad Max); sa présence dans Legend est manifeste. Mais le pauvre acteur a peu à se mettre sous la dent tant ses personnages semblent avoir été bâtis sur des ouï-dire, comme si on avait fait du titre un lointain mantra. Et pourtant, le tout s’appuie sur le livre The Profession of Violence, de John Pearson. Mais Hardy n’est pas le seul à rester sur sa faim. D’ordinaire excellents, les Britanniques David Thewlis et Christopher Eccleston, respectivement en bras droit des Kray et en inspecteur de Scotland Yard, nous apparaissent rapidement en deux dimensions.

Dommage, mais il vaudra mieux retourner à la source de la légende.

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