Oncle Bernard l'anti-leçon d'économie : le vulgarisateur disparu
Cinéma

Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie : le vulgarisateur disparu

Il est mort sous les balles des attentats contre Charlie Hebdo mais a laissé un héritage intellectuel nourri. Le réalisateur Richard Brouillette ajoute une pierre à l’édifice en dévoilant, dans Oncle Bernard L’anti-leçon d’économie, l’intégral d’une longue entrevue réalisée avec Bernard Maris en 2000 dans le cadre du documentaire L’encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme.

Tourné en noir et blanc sur des bobines 16 mm, cette entrevue sans prétention avec l’un des économistes les plus critiques de sa propre discipline le montre dans toute sa verve et au sommet de ses talents de vulgarisateur.

Ceux qui ont lu ses essais, comme l’Antimanuel d’économie ou Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles, connaissent la facilité avec laquelle Bernard Maris décomplexifiait les notions les plus ardues et surtout mettait à plat la propagande dont se servent abondamment les chantres du néolibéralisme.

Il pourfendait les inégalités et dénonçait le pouvoir dans lequel les économistes se complaisent en ayant inventé une science et un jargon qu’ils sont les seuls à comprendre et dans laquelle, pourtant, ils ont réussi à entraîner tout le monde quasi-aveuglément. « Les politiciens ne comprennent rien à l’économie, dit-il tout de go, mais ils écoutent les experts qui les entourent parce que, comme toute religion, l’économie les a convaincus qu’il faut avoir la foi. Ils confèrent aux experts une valeur suprême. Le but des économistes est d’ailleurs de demeurer compliqués et incompréhensibles, pour maintenir leur pouvoir. »

Voilà des propos sans équivoque, que vous n’entendrez pas dans la bouche de beaucoup de doctorants en sciences économiques. Ce que ce document montre est avant tout un homme maniant la langue sans fourcher et en évitant toutes formules alambiquées. Bernard Maris n’a pas son pareil pour décortiquer le néolibéralisme dans ses fondements profonds, dans ses mécanismes originels et dans ses structures internes, même les plus sournoises. Mais surtout, il le fait sans aspérités et sans détours.

Économiste iconoclaste de gauche, qui assume son goût pour une économie en dialogue avec le social et avec la culture, Maris déboulonne la notion d’offre et de demande, met en pièces la fameuse théorie de la « main invisible » et explique en quoi nos économies néo-libérales maintiennent volontairement les inégalités en place. Son discours anti-libertarien n’est pourtant jamais fielleux : il cultive le ton du vulgarisateur scientifique et du pédagogue. Prof avant tout, mais surtout homme soucieux de contribuer à la conversation démocratique, Oncle Bernard a aussi beaucoup d’humour. Visiblement un peu fatigué le jour de l’entretien, il n’en est pas moins généreux.

Un document qu’il faudrait pouvoir conserver et savoir y revenir souvent.

À la Cinémathèque québécoise jusqu’au 17 janvier.

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