Mustang : Digne cavalcade
Cinéma

Mustang : Digne cavalcade

Avec une lumière qui livre une chaude lutte à la noirceur, le film franco-turc Mustang déboulonne le conservatisme et le patriarcat d’une Turquie qui paraît parfois reculer.

Elles sont cinq sœurs allumées, qui se promènent tels cinq chevaux sauvages sur la plage. Orphelines, inséparables, chacune est à la fois l’amie, la confidente et un peu la mère de l’autre. Elles ne semblent manquer de rien, si ce n’est un peu de liberté. Leur grand-mère (Nihal G. Koldas) et leur oncle Erol (Ayberk Pekcan, vu dans Sommeil d’hiver) veillent – pour ne pas dire surveillent – à leur éducation. Dès lors qu’une rumeur court au village sur les bonnes mœurs des sœurs, la maisonnée devient prison, voire même une « usine à épouses », à laquelle il devient impossible de se soustraire.

Fort d’une sélection aux Oscars et de neuf nominations aux César, dont le doublé Meilleur film et Meilleur premier film, Mustang est décrit comme un vent de fraîcheur partout où il passe, depuis sa mise au monde à la Quinzaine des réalisateurs. Coscénarisé avec Alice Winocour (Augustine), ce premier long métrage signé Deniz Gamze Ergüven n’est ni plus ni moins qu’une chronique familiale d’exception, qui rappelle par endroits le meilleur de Fatih Akin ou d’Asghar Farhadi. On est en présence d’un vrai film féministe : et que volent les « robes informes couleur de merde »!

Crédit: Cohen Media
Crédit: Cohen Media

Si les cinq filles ont toutes une personnalité, elles forment d’abord une entité très solidaire, un bloc de résistance contre l’ennui et l’autorité, prêtes à tout pour un peu de soleil ou un match de foot. Mais plus le récit avance, plus les mariages arrangés se profilent à l’horizon, pour couvrir la marmite du déshonneur, qu’un test de virginité ne saurait apaiser. Se détache alors le regard vivifiant et tenace de la plus jeune, Lale (l’attachante Günes Sensoy), pour qui Istanbul, à mille kilomètres de là, se dessine tel un paradis de liberté.

D’emblée, on sait très bien dans quel camp se range Mustang, mais la cinéaste ne noircit pas non plus le tableau. La modernité et les traditions guerroient sans relâche, s’entrechoquent jour et nuit, mais sans fausse nostalgie ni morale bien-pensante. La fine direction photo de David Chizallet et la musique inspirée de Warren Ellis (membre de Nick Cave and the Bad Seeds) tendent aussi à élever le film au-dessus du simple message d’espoir. S’en dégage du cinéma viscéralement humain, comme un appel à la dignité.

En salle le 29 janvier

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