El Club : À l'abri du malaise
Cinéma

El Club : À l’abri du malaise

Ironie du calendrier, le cinquième long métrage du Chilien Pablo Larraín débarque sur nos écrans dans la foulée de l’opération policière Malaise et de l’affaire Claude Jutra.

Et depuis quelques jours, les malaises déferlent autour de ces épineuses questions que sont la pornographie juvénile et la pédophilie. Difficile de rester de glace quand les tabous volent en éclats. Le cinéaste Pablo Larraín, à qui l’on doit entre autres l’excellent No, l’a bien compris, et décortique ces enjeux de plein fouet, en mettant en scène une poignée de prêtres reclus dans une maison sans âme, au bord de la mer. Prison déguisée pour pécheurs impénitents ou abri paisible pour criminels repentis? « Ce n’est pas un spa ni un centre de retraite », dira un œil extérieur avisé, mais il est certain que l’Église régit « l’établissement » à distance, par la fausse douceur d’une religieuse déchue.

Contrairement au récent Spotlight, qui analyse l’enquête journalistique ayant mené à la mise au jour du scandale des prêtres pédophiles à Boston, El Club attaque le sujet de front, en donnant la parole à ces prêtres pas si catholiques. Pourtant, jamais Larraín ne joue la carte de la provocation et son film navigue avec doigté entre les ténèbres et la lumière, tel que le suggère la citation biblique du début. Sur une musique parfois un peu trop céleste, on suit ces prêtres dans leur routine, entre prières, repas rangés et mystérieuses promenades où se devinent au loin des courses de chiens.

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Le parti pris du film nous apparaît cependant comme sa principale force et sa principale faiblesse : la nature des reproches qui leur sont adressés nous est communiquée au compte-gouttes, par un jeu de confidences fascinant mais répétitif, mené par un imperturbable et charismatique « directeur spirituel », débarqué en renfort après un incident tragique. Même si le jeu des acteurs impose le respect, par sa force tranquille au plus fort des tempêtes, le spectateur se voit placé dans la position inconfortable d’avoir à hiérarchiser les crimes commis par des personnages dont il sait au final peu de choses.

L’humanité derrière chaque profil de ce club honni n’est pas évacuée pour autant, mais les pistes sont multiples et l’équilibre, fragile ; apparition persistante d’une victime visiblement troublée, humanisation du chien, personnalisation de l’Église en un seul maître, désir de vengeance et omertà perpétuelle tissent une trame de fond d’une rare densité. Dotée d’une direction photo brumeuse et de cadres d’une précision mathématique, qui vous enserrent ou vous font grâce d’une bouffée d’air l’instant d’après, cette œuvre complexe, saluée à la Berlinale 2015 comme au FNC, a le mérite de nous confronter sans esbroufe à nos malaises les plus vifs.

En salle le 19 février

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