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Cinéma

The Witch : Le mal familial

Précédé d’un buzz élogieux, The Witch évoque les Frères Grimm, Bergman et le Projet Blair Witch. Le résultat est d’une beauté noire indéniable, quoiqu’un peu froide, et diffère des films de genre grand public par sa volonté de saisir à tout prix l’horreur psychologique que provoque l’éclatement d’une cellule familiale.

Avant de réaliser The Witch, son premier long-métrage, Robert Eggers fut notamment le chef décorateur des courts métrages Hansel and Gretel et The Tell-Tale Heart, inspirés respectivement par les Frères Grimm et Edgar Allan Poe. Son univers cinématographique, sombre et expressionniste, annonçait déjà l’imaginaire de conte de fées démoniaque de son film La Sorcière, d’emblée présenté comme appartenant au folklore de la Nouvelle-Angleterre, et par conséquent auréolé d’un mystère dont il ne se débarrassera jamais. Dès l’apparition à l’écran de cette famille pieuse du 17ème siècle, The Witch met le paquet pour provoquer l’inconfort du spectateur: plans-tableaux qui véhiculent une sensation de voyeurisme, clairs-obscurs étouffants, bande son inquiétante composée de bruissements de feuilles, de dissonances et d’instruments à corde, tension qui va crescendo…

L’histoire fait également froid dans le dos : William (Ralph Ineson), son épouse Katherine (Kate Dickie), et leurs cinq enfants (dont leur adolescente Thomasin, tour à tour objet de convoitise, de jalousie et de soupçon), se retrouvent confrontés à une force maléfique venue du fond de l’immense forêt bordant leur propriété : leur nouveau-né disparaît, leurs récoltes ne poussent plus, leurs bêtes deviennent bizarres. Ajoutez à cela un bouc terrifiant, un lièvre étrange et intrépide, une pomme ensanglantée, et une créature des bois pour le moins affreuse… Tous les éléments du conte satanico-horrifique sont réunis!

The Witch / Remstar
The Witch / Remstar

Obéissant à un mécanisme quasiment shakespearien (à moins que ce ne soit l’influence du vieil anglais et de ses « thee »!), The Witch est un curieux mélange entre les oeuvres les plus ténébreuses d’Ingmar Bergman (on pense beaucoup aux instantanés d’effroi de L’Heure du loup ou à la menace sourde de La Source) et des références plus mainstream du genre comme Le Projet Blair Witch ou Le Village de M. Night Shyamalan qui utilisent eux aussi le surnaturel pour traduire la dimension anxiogène du groupe (amis ou famille). Les protagonistes de The Witch souffrent d’un emprisonnement similaire: bannis de leur communauté et livrés à eux-mêmes, leur basculement progressif dans la panique et la terreur n’est finalement que le résultat inévitable d’une dynamique familiale viciée. Et si tout cela n’était que l’échappée ultra violente d’une jeune femme des griffes d’une famille soumise au patriarche?

The Witch / Remstar
The Witch / Remstar

Pendant que s’opère insidieusement la fracture du clan familial, toute l’horreur du film se dévoile par petites touches et instantanés épouvantables : une mamelle de chèvre qui lâche du sang, un corbeau qui picore avidement un sein de femme, un corps d’enfant qui se tord sous les forces des démons. Eggers évite tous les écueils du film d’horreur moderne : jump scares, démonstrations appuyées du propos ou twist se voulant épatant. Intelligent et sournois, le film ne se dévoilera jamais véritablement, permettant à l’horreur d’emprunter des chemins non balisés. Dommage que malgré toutes les qualités esthétiques du film, récompensé au Festival Sundance, The Witch ne parvienne pas à nous bousculer davantage sur le plan émotionnel comme l’avait fait The Babadook de Jennifer Kent l’an passé, qui se servait des mêmes jeux expressionnistes pour distiller l’angoisse.

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