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Cinéma

Avant les rues : Authenticité en attikamekw

Premier long-métrage tourné entièrement en langue atikamekw, Avant les rues délimite un territoire trop souvent incompris et offre l’opportunité d’entamer un nouveau dialogue. On en parle avec sa réalisatrice Chloé Leriche.

C’est après une gestation de plusieurs années et de multiples contacts avec les autochtones qu’est né ce long-métrage, premier de la filmographie de l’artiste, cinéaste et collaboratrice de longue date de la Wapikoni Mobile et du projet Vidéo Paradiso.

Chloé Leriche
Chloé Leriche

Avant les rues situe son propos à Manawan, village atikamekw situé dans Lanaudière. Le film présente la quête de Shawnouk (Rykko Bellemare), meurtrier accidentel d’un homme (Martin Dubreuil) lors d’un vol à main armée. Par le regard de sa soeur Kwena (Kwena Bellemare Boivin), de son beau-père Paul-Yves (bouleversant Jacques Newashish) et de sa mère Anita (Janis Ottawa), le film raconte la quête spirituelle du jeune homme pour se libérer. L’histoire dévoile ainsi le projet de tout un peuple par l’entremise d’un fait divers : retourner à ses pratiques ancestrales pour reconquérir son histoire et son identité.

« Pour moi tout a commencé dans le village d’Obedjiwan où j’ai commencé le travail avec la communauté Atikamekw raconte Chloé Leriche. Je mettais une caméra dans la main des jeunes et je leur demandais de me faire découvrir leur village sans jamais beaucoup intervenir. Les jeunes m’ont emmené sur les lieux des suicides de cousins, d’amis, de proches… C’était en 2006, à une époque où il y avait une vague de suicides sans précédent là-bas. Bref, j’ai développé une relation avec ces jeunes, je me suis senti interpellé et j’avais envie de parler d’eux avec eux. »

Après avoir pris du recul et beaucoup réfléchi à ce qui lui parlait dans cette communauté, Leriche s’est donné un deuxième élan et a conçu ce qui allait devenir Avant les rues. Un film qui veut rétablir le dialogue tout en dressant un portrait juste des lieux. C’est dire que la réalisatrice a une démarche qui combine une approche documentaire dans un cadre fictionnel. A-t-il donc fallu travailler d’arrache-pied sur le terrain pour aller chercher la confiance de la communauté?

Crédit: Glauco Bermudez
Crédit: Glauco Bermudez

« Pas du tout, nous répond Chloé Leriche. L’ouverture a été quasiment instantanée. Je me suis présenté comme je suis et j’ai demandé où était le chef. Paul-Émile Ottawa m’a accueilli et m’a tout de suite dit qu’il connaissait bien Julien Poulin et m’a demandé s’il y aurait des vedettes dans mon film (rires). Au fur et à mesure que je lui racontais l’histoire, il voulait en savoir plus, il était déjà engagé dans le projet. Nous avons fait un film ancré dans la communauté et l’argent qu’on avait a été investi dans le village lors du tournage. Je crois que notre démarche a été honnête et transparente comme ma personnalité. »

En plus de mettre en valeur l’importance du retour aux pratiques ancestrales, le film traite de filiation et de la transmission des valeurs. Rykko Bellemare et sa soeur Kwena sont tous deux chanteurs et danseurs au sein du groupe Northern Voice. Jacques Newashish est un artiste (peintre, sculpteur, conteur et chanteur). Tous ont accepté de travailler dans ce film afin de promouvoir une compréhension plus juste de la communauté. Il y a une véritable histoire de transmission et de leg dans ce film, tout comme la complexe et forte histoire reliant le beau-père et le fils.

« Ce qui m’intéresse dans le métier que je fais c’est avant tout les relations humaines. C’est peut-être l’un des thèmes fondateurs de ce premier long-métrage : la famille, le clan et les valeurs qui en découlent. La relation entre ces deux personnages en est une d’autorité et c’est ainsi que je voulais qu’elle soit jouée. Comme le hasard fait bien les choses, mes 3 acteurs principaux : Jacques, Rykko et Kwena ont tous des problèmes avec l’autorité, comme moi. »

Chloé Leriche nous rappelle en cours d’entrevue qu’elle devait originalement citer L’homme révolté de Camus en ouverture de son film, elle a finalement préféré Hubert Reeves… Peut-être que sa révolte s’est adoucie ou transformée après avoir réalisé ce film qui parle d’apaisement et de guérison.

En clôture des Rendez-vous du cinéma québécois ce samedi 27 février

À voir aussi partout au Québec via la plateforme 4 écrans 

En salle le 15 avril

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