Chasse-Galerie: l'art de défolkloriser le bûcheron
Cinéma

Chasse-Galerie: l’art de défolkloriser le bûcheron

La légende tient sur moins d’une page : des bûcherons font un pacte avec le diable pour voler en canot jusqu’à leurs familles en pleines festivités de Noël. Mais le film qu’invente Jean-Philippe Duval à partir de la chasse-galerie approfondit les vies de ces hommes qui ont le coeur à l’ouvrage, dans une tonalité plus réaliste que fantaisiste. Discussion.

Le réalisateur de Dédé à travers les brumes est un passionné d’histoire. Et c’est un homme des bois qui tente de faire honneur à ses ancêtres, amants des forêts. Voilà pourquoi son film n’est pas vraiment une oeuvre fantaisiste exacerbant la figure de Satan (ou si peu) et multipliant les scènes de canot volant dans les cieux agités. Ces éléments de légende, Duval les approche avec une certaine retenue, visiblement plus intéressé à raconter la vie dans les camps de bûcheron et à donner un visage à ces hommes anonymes qui ont construit, à leur manière, le Québec émancipé d’aujourd’hui.

Jean-Philippe Duval sur le tournage de Chasse-Galerie : la légende / Crédit: Sébastien Raymond
Jean-Philippe Duval sur le tournage de Chasse-Galerie : la légende / Crédit: Sébastien Raymond

« Au Québec, on aime croire qu’on n’a pas de héros », se désole-t-il. « Mais c’est que personne n’a jamais pris le temps de vraiment raconter l’histoire de nos coureurs des bois et de nos bûcherons, qui sont tout à fait glorieux. Ma volonté est de réhabiliter ces héros trop souvent réduits à des figures folkloriques.»

Sans l’avoir prémédité, Duval s’inscrit dans l’air du temps, alors que la série Les pays d’en haut connaît un beau succès en poursuivant des objectifs similaires. En voyant au début janvier des coureurs des bois canadiens-français dans The Revenant, le grand film de survie d’Alejandro González Iñárritu, on s’est aussi rappelés que notre histoire primitive regorge de grandes histoires à raconter au cinéma. « Le momentum est bon, en effet », opine Jean-Philippe Duval.

Crédit : Sébastien Raymond
Crédit : Sébastien Raymond

« Je pense que, non seulement nous avons aujourd’hui l’expertise technique et que nous maîtrisons les effets visuels pour raconter ces histoires, mais nous avons aussi une maturité dans le regard sur notre histoire. Il y a une volonté de défolkloriser certaines images, de regarder ce passé avec une approche plus réaliste, moins stéréotypée. Il faut dépoussiérer, se débarrasser des représentations réductrices de nos ancêtres, savoir les décortiquer plus profondément, au-delà de leur dimension iconique, au-delà de l’image d’eux qui s’est fixée dans nos mémoires. »

Même si le film flirte avec les codes du western, Duval a voulu éviter la caricature du personnage de bûcheron, lequel est incarné par le toujours très physique Francis Ducharme dans un mélange de force brute et de passion vive pour sa belle (Caroline Dhavernas). « J’ai voulu raconter l’histoire d’un gars dans un camp qui vit une crise d’angoisse, une crise existentielle. Le canot, à la limite, n’existe pas. Il est une métaphore de ce que vit le personnage. Je vois vraiment ce film comme une oeuvre introspective, même si cette introspection se déploie avec les moyens d’une fiction ample et parfois fantaisiste. »

Francis Ducharme et Caroline Dhavernas / Crédit: Sébastien Raymond
Francis Ducharme et Caroline Dhavernas / Crédit: Sébastien Raymond

Quand la caméra quitte les bois pour retourner au village, même jeu. « C’est le pendant féminin de l’histoire et les scènes de Caroline nous ont permis de montrer ce que, je pense, était réellement la femme de cette époque : une femme qui veut s’émanciper, qui sait prendre sa place, qui veut faire des affaires, jouer son propre rôle et ne pas simplement rester dans l’ombre d’un homme. »

C’est aussi un vrai film d’hiver parfois tourné dans des conditions rigoureuses. « Il faut souffrir pour faire un bon film », conclut Jean-Philippe Duval.

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