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Cinéma

Only yesterday : Femme de ville et femme des champs

25 ans après sa mise au monde, ce cinquième film d’animation du Studio Ghibli se pose enfin sur nos écrans, en version originale ou dans un doublage anglais encore tout frais.

Cofondateur du célèbre studio japonais avec son confrère Hayao Miyazaki, le réalisateur Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles, Pompoko, Le Conte de la princesse Kaguya) est reconnu pour sa sensibilité et son goût de l’expérimentation, lui qui ne dessine pas et pense donc l’animation plus largement. Sorti en 1991, alors plus grand succès nippon de l’année, Only Yesterday porte sa marque nostalgique et raffinée, sans pour autant trôner au sommet de sa filmographie. Il faut dire que le ton doux-amer de l’histoire nous apparaît quelque peu daté, même si maîtrisé de bout en bout.

Crédit: Studio Ghibli
Crédit: Studio Ghibli

Adapté d’un manga populaire, le film en conserve toute sa réminiscence de l’enfance, en l’opposant à la vie adulte du personnage de Taeko (voix de Daisy Ridley), 27 ans, qui semble se morfondre dans sa carrière routinière à Tokyo. À l’aube d’un lumineux retour à la campagne, dans la région de Yamagata, où elle croisera la route du charmant fermier Toshio (Dev Patel), la jeune femme renoue avec les temps forts de ses 10 ans, en 1966, de son éveil amoureux à ses espoirs déçus. Ainsi l’histoire se construit-elle sur ce constant va-et-vient dans le temps, pour mieux éclairer les tournants que Taeko vit au présent.

Le titre français du film, Souvenirs goutte à goutte, traduit d’ailleurs finement sa structure temporelle. Dès sa plus tendre enfance, la fillette idéalise la campagne, et cette valse-hésitation entre les champs et la ville la mènera jusqu’aux portes de la maturité. Là, des vies parallèles se dessinent presque dans sa tête, déchirée qu’elle est entre son parcours moderne et rangé, et l’attrait des traditions agricoles, où le mot organique prend tout son sens. L’animation emprunte aussi deux teintes distinctes : le passé reposant sur un cadre dépouillé de ses menus détails, les héros à l’avant-plan dans des décors pastel et délicats, qui peuvent disparaître au loin en un tournemain; le présent brillant par le réalisme de ses escales.

Crédit: Studio Ghibli
Crédit: Studio Ghibli

Si Taeko n’est pas étiquetée telle une « enfant normale », les petits drames qui l’habitent s’avèrent des plus communs, des humiliations de cour d’école aux rêves déchus de show-business, sans compter les frictions récurrentes avec ses sœurs aînées. Ces souvenirs donnent lieu à des moments cocasses (la dégustation d’un ananas, l’enjeu de trop en dévoiler aux garçons), mais leur corrélation avec le dilemme de l’adulte qu’elle est devenue semble par moments bien mince. N’empêche que Only Yesterday peut miser sur la jolie musique de Katsu Oshi, sur la beauté picturale de ses tableaux et surtout sur ce subtil vent de nostalgie, à la fois intime et universel.  

En salle le 18 mars