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Midnight special : À l'abri
Cinéma

Midnight special : À l’abri

Dans le cinéma de Jeff Nichols, la cellule familiale est le dernier rempart contre le monde extérieur, tout autant que le foyer des plus grandes angoisses. Pour la quatrième fois, le réalisateur de Take Shelter et Mud retrouve le génial Michael Shannon et signe un film de science-fiction intimiste, métaphorique et existentiel bâti autour de l’une de ses obsessions : la relation père-fils. 

Un enfant aux yeux lumineux et étranges pouvoirs (Jaeden Lieberher) est recherché. Alors que son état de santé se dégrade, son père (Michael Shannon), lancé dans une course-poursuite à travers le Texas, tente à tout prix de le protéger et de le ramener à sa mère (Kirsten Dunst). Comme Take Shelter, chef-d’oeuvre de Nichols sur l’angoisse d’un père de ne pouvoir protéger sa famille, Midnight special est également obsédé par la nécessité de mettre à l’abri ceux qu’on aime. Dès le départ, les personnages sont en fuite, poursuivis par plusieurs personnes – le FBI, un agent fédéral (Adam Driver), un pasteur (Sam Shepard), des fanatiques, des hommes armés. Nichols ne lâchera jamais vraiment ce sentiment d’urgence: c’est encore la peur panique de la perte et de la disparition qui électrise son oeuvre. Le cinéaste américain l’a d’ailleurs confié en entrevue: c’est sa récente paternité, et le stress infini qui en découle, qui lui a inspiré son quatrième film. Devenir père rime avec inquiétudes permanentes et éternelle vulnérabilité.

MIDNIGHT SPECIAL

Enveloppé par la belle musique de David Wingo, Midnight special est aussi un film d’atmosphère. Comme dans Mud ou Take Shelter, Nichols vise l’hybridité formelle. Il n’hésite pas ici à visiter et allier avec brio plusieurs genres: fantastique mélancolique, road movie SF, éclairs de thriller et de film policier. Côté scénario, on retrouve des thématiques chères au cinéaste : la cellule familiale, la menace du drame à venir, le rapport à la figure paternelle. Petit bémol toutefois: malgré la puissance latente de ce qu’il expose dans son récit ouvert et libre à l’interprétation (histoire d’extraterrestre? de deuil? de maladie?), le film vise une économie d’écriture qui n’est hélas pas toujours à son avantage – surtout lorsqu’il s’entête à demeurer dans le mystère, ce qui le rend parfois trop abscons, voire superficiel. Souvent, le film manque de substance, de chair, et donc de force émotionnelle.

Bien qu’il ne ressemble à rien de connu, Midnight special pourrait être comparé à la série The Leftovers, avec qui il partage des accents de tristesse similaires, ou bien encore aux films It Follows de David Robert Mitchell, ou Tree of life de Terrence Malick, qui distillent de mêmes angoisses existentielles. Dans ces oeuvres, le groupe et la famille (ou plutôt leur absence et/ou leur destruction) est au centre des préoccupations. Comme eux, Midnight special n’épargne pas ses protagonistes: il s’agit bien ici du récit d’une séparation annoncée. Dans deux très beaux plans appuyés, un regard extérieur (celui de Joel Edgerton) capte par deux fois la réunion éphémère mais vitale de la mère, du père et du fils: ils étaient sauvés, ensemble, à l’abri- l’espace d’un instant.

midnight

Pour autant, et comme à l’accoutumée, Jeff Nichols s’accroche au lumineux: s’il y a bien quelque chose en quoi avoir foi, in fine, c’est cela – la transmission, la filiation. L’enfant du film, figure messianique, symbolise cet espoir-là: la postérité comme soulagement. « Nous sommes en vie », dira d’ailleurs le père à la fin du film – une fois que les drames, les balles de fusil, et les boules de feu tombées du ciel sont enfin derrière eux.

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