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Montréal New Wave : récit d'une effervescence
Cinéma

Montréal New Wave : récit d’une effervescence

Vous rappelez-vous de Rational Youth ou de Va Va Vol? Bands majeurs de la scène New Wave montréalaise des années 80, ils sont pourtant négligés quand vient le temps de raconter l’histoire de la musique d’ici. Le documentariste Erik Cimon rectifie le tir avec Montréal New Wave, qui fait le récit d’un mouvement effervescent et décloisonné auquel on doit beaucoup.

« Le Québec, dans sa quête d’identité et de rayonnement, réaffirme toujours l’importance de sa musique francophone des années 70, née dans un moment collectif important. Mais il faut réhabiliter l’héritage des années 80, qui a ouvert le Québec sur le monde et l’a fait exister à l’international. »

Voilà ce que pense le documentariste Erik Cimon, connu pour avoir aussi mis en lumière le mouvement punk dans son moyen métrage Mtl Punk : La première vague.  Cette fois, il fait l’effort de guerre ultime: ressortir des voûtes les archives de la scène New Wave et mettre tout ça en perspective par une série d’entrevues avec les acteurs de l’époque. Le mouvement était mondial mais Montréal avait sa touche très particulière, apprend-on dans ce documentaire très complet, notamment grâce aux frottements entre les cultures franco et anglo, qui étaient déjà multiples à cette époque, mais aussi par l’inscription de ce mouvement musical au cœur du travail des artistes de performance et des arts de la scène. À Montréal, le New Wave n’était pas seulement affaire de synthétiseurs et de guitares. Loin de là.

Erik Cimon
Erik Cimon

À voir : la playlist Youtube de Montréal New Wave, pour découvrir de nombreux bands abordés dans le film

« Le punk est très vite mort dans l’œuf, poursuit Erik Cimon, mais le new wave a eu une influence durable. » Pas le choix d’être d’accord et de constater que les critiques de l’indie rock actuel qui parlent du fameux « Montreal sound », une énergie rock mais un goût pour l’hybridité et l’émulation franco-anglo, pourraient poser exactement le même regard sur la scène New Wave. « C’est une bipolarité culturelle qui est tout à fait créative depuis longtemps, et ça faisait de la scène New Wave montréalaise une scène tout à fait différente de celle de Toronto ou de Londres. Ici, en plus de faire naître la culture du vidéoclip comme partout dans le monde, les musiciens new wave ont mélangé les langues et se sont naturellement mêlés aux artistes visuels et aux performeurs, se produisant dans des galeries d’art. »

Apparaissent ainsi dans Montréal New Wave des artistes de la scène comme la danseuse étoile Louise Lecavalier ou l’artiste multidisciplinaire et metteur en scène Michel Lemieux, qui ont fait leurs débuts et connu leurs premiers succès internationaux au cœur de cette effervescence.

Un son qui sonne vieux?

« Il est vrai, concède le documentariste, que le son des groupes qui faisaient strictement de la musique de synthétiseur a beaucoup vieilli, au fur et à mesure que les machines ont évolué. On ne peut plus écouter ces bands-là très sérieusement aujourd’hui. Mais ils ne doivent pas nous faire oublier que le new wave était d’abord un mouvement d’expérimentation artistique underground, très fécond et très libre, qui a été très inventif et qu’il faut totalement distinguer de la scène pop des années 80. »

On a effectivement oublié la synthpop allumée de Rational Youth, inspirée par Kraftwerk et nourrie par une fascination pour Berlin. Leur chanson Dancing on the Berlin Wall (1982) est l’une des perles réanimée par le film, comme d’ailleurs les pièces de  Red Shift, Déjà Voodoo, Boys du Severe ou Monty Cantsin et son obscur sous-mouvement néoiste.

Le New Wave à Montréal, c’est aussi une musique née dans les soubresauts d’un référendum perdu et d’une crise économique qui a fait mal. C’est l’identité nationale elle-même qui se redéfinissait dans les salles de concert ou dans les clubs, s’arrimant à un mouvement planétaire d’ouverture mais aussi d’obsession pour des technologies naissantes que tout le monde découvrait en même temps avec la même fascination. La guitare et le folk n’avaient plus beaucoup d’attrait, dans ce contexte. Et au Québec, les chansons francophones exacerbant la spécificité culturelle non plus.

« Je pense que les musiciens new wave étaient tout de même indépendantistes, dit Cimon,  mais la manière dont le projet souverainiste était présenté ne les rejoignait plus. Ils avaient un désir d’international et ont peut-être été les premiers à comprendre que, pour exister aux yeux du monde, il nous fallait une culture forte et indépendante mais tout à fait conçue dans une perspective internationale. L’indépendance, ils l’ont créée de façon culturelle, avec peu de moyens. Ils ont fait découvrir le Québec au reste du monde.»

Masculin-féminin

Julia Gilmour, du groupe Condition
Julia Gilmore, du groupe Condition

Ils l’ont fait en vêtements colorés et androgynes, avec des sons électro-rock déroutants, sur une gestuelle minimaliste et robotisée. Ils l’ont aussi fait en laissant une place de choix aux femmes : des rockeuses en vestons argentés qui bousculaient l’image de la musicienne peace and love de la décennie précédente. Vava Vol, Line Prévost (alias Franklyne) ou Julia Gilmore (la voix puissante du groupe Condition) sont réunies devant la caméra d’Erik Cimon, rappelant une époque glorieuse de musique se conjuguant souvent au féminin.

On peut en tout cas remercier le documentariste d’avoir déterré les archives. « Certains documents étaient sur le point de se détériorer gravement », souligne-t-il. Les traces vidéo de la culture pop musicale, en effet, ne figurent pas complètement à l’agenda de numérisation des principaux organismes de conservation et de valorisation du patrimoine culturel. Les chansons non plus, n’ont vraiment pas toutes été endisquées ni ne se trouvent aujourd’hui sur le web. Il y a tout un chantier à mettre en place.

En salle le 29 avril

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