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Mon ami Dino : Le vrai du faux
Cinéma

Mon ami Dino : Le vrai du faux

Savant mariage de vérité et d’invention, Mon ami Dino est le croisement non génétiquement modifié entre les deux personnalités vives de l’acteur Dino Tavarone et du réalisateur Jimmy Larouche.

Les deux hommes se connaissent depuis un bail. «Ça fait longtemps qu’on s’obstine, lui et moi», blague à peine Dino Tavarone. Après ses études en cinéma à l’Université de Montréal, Jimmy Larouche avait osé lui téléphoner pour l’inviter à prendre part à son premier contrat, un film corporatif baptisé La science de l’entrevue. Tavarone s’en souvient très bien. «J’aime participer aux projets des jeunes qui ont de nouvelles idées. Et quand j’ai vu ce qu’il a fait, bordel! Il devait seulement tourner un petit corpo, c’est devenu une vraie histoire de 80 minutes.» Depuis, les deux artistes aussi volubiles que passionnés ont développé une réelle amitié, l’acteur investissant dans le premier long métrage de Larouche (La cicatrice) et jouant dans le second (Antoine et Marie).

Les voilà réunis de nouveau autour d’un projet qu’ils qualifient eux-mêmes d’anarchiste, lancé sur les chapeaux de roue un soir de cuite, tourné en 14 jours deux mois plus tard, avec une équipe recrutée sur Facebook en plein cœur de la nuit! «Ça fait longtemps que Jimmy voulait tourner un documentaire sur moi, mais à quoi bon, lance Tavarone. Je ne suis pas un génie! Une biographie, peut-être…» Aux yeux de Larouche, l’idée est devenue prétexte à brosser un hymne à la vie. «Dino est une des personnes les plus intensément vivantes que je connaisse, aussi intègre à l’intérieur de ses qualités que de ses défauts.»

Mêlant interviews et improvisations, éléments délicats de documentaire et de fiction, Mon ami Dino se propose de retracer le parcours du comédien, avec extraits à la clé (Omertà2 secondesRené Lévesque), mais surtout d’en dévoiler la personnalité attachante, en entrouvrant la porte de son jardin secret. Pour y arriver, l’entourage de Tavarone y apparaît tel qu’il est: agente, famille et amis, professionnels de la santé, collègues (Michel Côté, Joëlle MorinManuel Tadros) et même sa chienne Pipingo! «Quelle actrice, non? de clamer son maître. Ce qui est arrivé avec ce film est magique. Les gens autour de moi me suivaient parce que je vivais de vraies émotions.» Il en a encore les larmes aux yeux. Larouche ose une explication: «Tu as ceux qui incarnent et ceux qui jouent; les premiers sont souvent de grands acteurs.»

Haut les cœurs, bas les masques!

Est-ce à dire que le comédien a dû se jouer lui-même? «C’était moi, et pas moi non plus. J’ai dû aller puiser à l’intérieur de moi. Comme pour jouer un assassin. C’est surréel, mais on l’est tous parfois. Quelqu’un te coupe en voiture et tu te dis: “Je le tuerais, lui!” Ton assassin est déjà là, alors va le chercher.» Le cinéaste voulait aussi tirer profit du talent d’improvisateur de Tavarone, qui s’investit corps et âme dans ses rôles, à un point tel qu’il s’est rendu malade au cours du tournage. «Dino était méconnaissable, à fleur de peau, il ne dormait plus.» Le principal intéressé s’en étonne lui-même. «Même le chien est tombé malade! On l’a amené au vétérinaire, il ne bougeait plus, il vomissait. Il avait compris que quelque chose n’allait pas.» Ce fameux quelque chose traverse le film jusqu’à la fin, divisant même le réalisateur et son sujet devant la caméra, autour d’un débat sur le périlleux mélange entre fiction et réalité. «La fiction est parfois plus vraie que la réalité, laisse planer Larouche, car celle-ci n’arrive pas toujours à rendre ce qu’on voudrait montrer.»

Photo : John Londono / Consulat
Photo : John Londono / Consulat

Et pourtant, à 72 ans, le comédien y est plus vrai que jamais, vivant de précieuses parcelles d’intimité avec sa fille (la sienne n’ayant pas adopté le projet, celle-ci est incarnée par Sasha Migliarese, «exceptionnelle», aux dires du réalisateur) ou se confiant sobrement sur son séjour en prison. «La vie, c’est comme un cercle, précise-t-il après la séance photo. Tu peux en sortir et devenir marginal. Mais si tu le deviens trop, trois choses peuvent t’arriver: soit on te tue, soit tu finis en prison ou alors tu deviens fou. Moi, ce fut la prison.» Ses talents de peintre nous sont aussi dévoilés par petites touches, avec cette récurrence visuelle des masques qui deviennent un thème, voire une tonalité du film. «Les masques nous aident à survivre en société, philosophe-t-il. Les gens qui disent ne pas en porter sont peut-être les plus prisonniers.» Son ami Jimmy acquiesce: «S’il y a une chose à retenir du film, c’est qu’à la fin de ta vie, face à toi-même, si tu enlèves tous ces masques-là, tu deviens la somme de tout ce que tu as été. Et ce qui importe, c’est comment tu as vécu.»

Après sa première mondiale sur un bateau, au tout nouveau festival estrien CinéVue, Mon ami Dino sera de la clôture de Fantasia, le rendez-vous préféré de son réalisateur. «Je me suis questionné: Mon ami Dino est-il un film de genre? J’en suis venu à la conclusion qu’on a créé un genre de film. Et ça, c’est parfait pour Fantasia!» Son ami Dino ajoute, en guise de point d’orgue: «Il n’y a aucun autre film comme celui-là, c’est promis.»

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Mon ami Dino, en clôture de Fantasia le 3 août. À l’affiche partout le 5 août.

DinoDino

Dino et la peinture

Un journaliste m’a déjà supplié de prendre des images de mes toiles… Et je te jure, quand il les photographiait, ça m’arrachait quelque chose! Pour moi, la peinture est une écriture. J’y raconte une part de moi.

Dino et les interviews

Jimmy serait un bon intervieweur, il l’a prouvé durant le tournage. Il y en a tellement qui ne t’écoutent même pas, ils pensent à leur prochaine question; tu pourrais dire: «Ah, j’ai déjà tué un homme», et puis ils te parleraient de restaurants! Pierre Maisonneuve ou Robert Guy Scully étaient excellents. Dès qu’ils t’avaient devant eux, ça devenait une conversation.

Dino et Brando

Mes acteurs fétiches sont Brando, Brando et Brando… Al Pacino disait qu’être en présence de Marlon Brando, c’était comme te retrouver devant Dieu! Il faut voir Le dernier tango à Paris, ne serait-ce que pour la scène du deuil.

Dino et le doute

Moi, j’ai toujours des doutes, et j’apprécie les gens qui en ont. Ça veut dire qu’ils sont capables d’aller plus loin. Le doute, c’est avoir toujours un pas devant. Il faut se méfier des gens qui savent tout. Moi, je ne sais qu’une chose, c’est que j’aime la vie.