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Histoire hippie : Stone dans le Mile-End
Cinéma

Histoire hippie : Stone dans le Mile-End

Hommage à un lieu, mais surtout à un homme qui a su vivre selon ses principes, ce documentaire teinté par le Flower Power cadre très bien son propos dans un Montréal qui nous est familier.

C’était le jour de la San Marziale sur la rue Saint-Viateur, la journée où la fanfare du Complesso Bandistico Italiano sort ses habits et ses instruments. Ce jour-là, j’ai songé à Martin Stone et à son appartement où sont passés des centaines de gens. J’ai regardé sa terrasse qui fait face à l’église St. Michael, l’emblème de ce quartier. Immédiatement, je suis retombé dans une scène du documentaire de Jean-André Fourestié où Stone se promène face à la fanfare, justement le jour de la San Marziale, tout en réfléchissant à ses choix et son cheminement toujours affirmés. Étrange coïncidence, le documentaire rejoignait de facto la réalité.

En plus d’avoir peut-être connu des gens ayant vécu à cette adresse mythique, l’histoire que raconte Fourestié dans Une histoire hippie est un récit auquel tout Montréalais peut s’identifier, puisque son film parle, entre autres, de la ville de Montréal comme un lieu de découverte de soi. C’est en prenant un café et sur un fond musical d’un artiste de cette époque hippie et récemment redécouvert, Rodriguez, que je me suis entretenu avec le réalisateur.

«Je suis arrivé au Québec avec la volonté de changer de vie et de me réinventer. Quand je suis arrivé chez Martin Stone, j’ai trouvé un homme qui avait l’âge de mon père avec une personnalité complètement différente. J’ai habité chez lui pendant trois ans et demi et j’ai été fasciné par la façon dont il traitait avec ses choix. Il allait au bout de ses idéaux, et pour cela j’ai eu un respect et une admiration totale.»

Martin Stone
Photo : Hervé Baillargeon © InformAction films

L’histoire hippie dont il est question dans ce quatrième documentaire, c’est celle de Martin Stone, un homme simple qui vit depuis 40 ans sur la rue Saint-Viateur à Montréal. Son appartement est un lieu de rencontre qu’il partage avec des gens bien souvent de passage pour quelques semaines, quelques mois, voire quelques années. Le film suit Stone et part aussi rencontrer ses deux filles à Philadelphie et son ex-femme à Atlantic City, une belle façon de mettre en perspective les choix de vie de l’homme du Mile-End.

«Je suis allé à la rencontre de ses filles, dit le documentariste, pour faire un film choral qui suscite une réflexion sur ce qu’est la liberté. Je voulais une pluralité d’opinions sans qu’il y ait aucun jugement. Pour ma part, je n’ai aucune idée de ce qu’est le bonheur dans la vie. Chacun essaie de se construire une réalité qui lui va et surtout qui lui correspond.»

Martin Stone a inventé un lieu, mais bien avant d’inventer ce lieu, il a fait le choix de vivre dans la marge en empruntant le chemin avec ses filles de la Hog Farm, commune hippie célèbre, encore en activité aujourd’hui. Ils vivaient alors tous dans un autobus qui sillonnait les États-Unis et aidaient les promoteurs de concerts à travers le pays. Une vie totalement différente de l’Amérique d’alors, une vie qui tente de tracer son propre sillon.

Martin Stone
Photo : Hervé Baillargeon © InformAction films

«C’était une grande communauté psychédélique menée par Wavy Gravy, le MC du festival de Woodstock. Le but était tout simplement de célébrer la vie. Ils allaient de concert en concert, bien souvent avec les Grateful Dead, et montaient des shows psychédéliques en amont des festivals. L’idée principale était d’aller de village en village aux États-Unis afin d’implanter la contre-culture, de la démocratiser.»

C’est un choix que Stone va porter toute sa vie. Ses filles témoignent de cette réalité dans le documentaire, chacune a sa façon de voir les impacts de cette éducation. En cela, le film de Fourestié réussit à faire dialoguer les membres d’une famille qui ont emprunté chacun un chemin différent (pas tant que cela, on le verra dans le documentaire) de celui du paternel. Un film qui constitue une réflexion sur la famille, le legs et la possibilité du bonheur vécu autrement.

Debbie
Debbie, photo : Hervé Baillargeon © InformAction films
Jacquie
Jacquie, photo : Hervé Baillargeon © InformAction films

«Dans ce film, ce que j’essaie de démontrer, c’est qu’il est possible de vivre une autre forme de vie. Cela se sent chez Martin évidemment et chez sa fille Debbie. J’aimerais juste laisser ce message de recherche de liberté avec ce documentaire.»

Avec sa caméra qui suit Stone et ses filles, parfois de face, parfois de dos, et toujours de façon pudique, Fourestié réussit ici un joli documentaire qui, on l’espère, inspirera la possibilité d’une île.

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