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Two Lovers and a Bear : Histoire(s) de père
Cinéma

Two Lovers and a Bear : Histoire(s) de père

Premier film en anglais pour Kim Nguyen, Two Lovers and a Bear est l’occasion de faire une ride de ski-doo à vive allure et de parler avec un ours dans une lumière divine. Nous avons rencontré Kim Nguyen pour en discuter.

«Il a fallu se battre pour filmer à Iqaluit», nous dit Nguyen. «J’ai commencé par visiter Kuujjuaq, puis Puvirnituq pour finalement atterrir sur la terre de Baffin. C’était un univers impossible à recréer en studio et j’aimais le paradoxe de la ville d’Iqaluit en plein Arctique: un aéroport aussi grand que Charles-De-Gaulle pour poster des bombardiers en cas d’attaque soviétique pendant la guerre froide. Je voulais propulser mes personnages dans tous ces paradoxes-là.»

Le scénario de Two Lovers and a Bear, sur lequel ont travaillé Denis Villeneuve et Jean-Philippe Duval avant qu’il n’atterrisse entre les mains de Kim Nguyen qui l’a retravaillé, est inspiré par une nouvelle de Louis Grenier, le propriétaire de Kanuk. Fasciné et touché par le Nord, ce dernier adressa alors une longue lettre à ses amis au sujet de ses nombreux voyages et de ses rencontres. C’est de cette missive qu’est née la volonté de faire un film sur le Nord sous l’impulsion du producteur Roger Frappier.

Photo : Max Films
Photo : Max Films

L’histoire du film suit la trajectoire de deux amants. Roman mène une existence recluse et discrète, il est l’amant de Lucy, une métisse qui conduit un taxi. Jusqu’au jour où Lucy reçoit la confirmation qu’elle doit partir vivre au Sud. Leur rencontre est le prétexte à une forme d’exorcisme qui se matérialisera par un voyage au cœur du froid arctique en motoneige. «Beaucoup des gens du Sud qui se retrouvent dans le Nord sont des gens mésadaptés qui fonctionnent mieux dans cet univers-là», poursuit le réalisateur. «Il y a quelque chose dans la géographie… il y a une élasticité de l’espace-temps dans l’Arctique. J’utilise souvent cette métaphore de la base lunaire pour décrire mon expérience là-bas. C’est tout à fait unique.»

Photo : Max Films
Photo : Max Films

Le cœur de ce film est le voyage qu’entreprennent Lucy et Roman. Un voyage qui nous fait réaliser l’immensité du territoire nordique, une immensité qui semble presque les avaler. Le segment le plus jouissif du long métrage arrive pendant ce voyage, alors qu’ils doivent affronter un terrible blizzard et trouvent sur leur chemin une station radar abandonnée comme il y a en a tant dans le Nord canadien. Il se crée alors un terrain de jeu pour les amoureux dans ce qui fut alors de véritables stations de surveillance des activités soviétiques. Une complicité évidente est créée à l’écran entre les deux comédiens Dane DeHaan et Tatiana Maslany. «J’avais vu Dane dans The Place Beyond the Pine et il m’avait fasciné. Je pensais qu’il était le produit d’un casting sauvage puis j’ai réalisé qu’il était un comédien de métier, j’ai tout de suite voulu travailler avec lui. Quant à Tatiana, elle fut de loin celle qui s’est imposée à nous lors du casting. Leur couple à l’écran a rapidement fonctionné et c’est dû en grande partie à leur générosité.»

Photo : Max Films
Photo : Max Films

Il y a ce couple, mais il y a évidemment, comme le titre l’indique, un ours. Et pour le casting, ce fut tout un défi logistique que de trouver cet ours blanc domestiqué. C’est le seul ours blanc en Amérique du Nord disponible et pendant un moment, la production s’est même demandé si elle ne travestirait pas un ours brun. Puis ils sont tombés sur Haguy, 15 ans de métier et 20 ans d’âge. Haguy avait sa propre loge sur le plateau et était de loin l’acteur le plus exigeant. «Lors des scènes avec les comédiens, c’était tendu. Il y avait constamment un fil électrique entre les comédiens et l’ours. On a dû effacer ce fil en postproduction. C’est très drôle, car à un moment l’entraîneur de l’ours, en voulant nous rassurer, a mis la main sur le fil électrique pour bien nous montrer que ce n’était pas chaud… cela a eu l’effet inverse…»

Photo : Max Films
Photo : Max Films

Après avoir tourné au Congo pour Rebelle et sur la terre de Baffin pour ce film-ci, Kim Nguyen complète actuellement un autre film au Maroc. Comme quoi l’inconfort de tourner dans des lieux inconnus peut parfois se transformer en moteur pour la création. En attendant, vous avez un rendez-vous dans la baie de Frobisher un certain soir d’octobre en ouverture du Festival du nouveau cinéma, à Montréal.

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