Il était une fois Pointe Saint-Charles
Cinéma

Il était une fois Pointe Saint-Charles

Il était une fois un quartier ouvrier appelé Pointe Saint-Charles.

Les usines y sont nombreuses et elles roulent à plein régime.

Une des raisons en est la présence du Canal Lachine, sur lequel passent des bateaux qu’on charge de ce qu’on a fabriqué dans les usines et qu’on décharge de ce qui sera nécessaire à leur fabrication. À cette époque, on dit que Pointe Saint-Charles est le plus gros quartier industriel au pays. Et il reste très longtemps très actif, très peuplé, très animé par cette population ouvrière qui l’habite.

Puis, dans la deuxième moitié du XX e siècle, peu à peu, tout change. Le Canal n’est plus navigué, les usines ferment et se déplacent, une partie de la population la suit ou part occuper d’autres emplois. D’autres restent, mais le travail se fait rare.

C’est une histoire qu’on a souvent entendue, hélas, avec quelques variantes ici et là. Mais elle va prendre à Pointe Saint-Charles un tour un peu particulier.

Pour commencer, rappelez-vous ce canal dont je vous parlais. C’est intéressant, ce canal, pour des citadins : de l’eau, navigable même, à Montréal! Surtout que le quartier n’est pas bien loin du Centre-ville. Y habiter un condo sur le bord de l’eau pourrait intéresser bien des gens. Et qui dit gens intéressés à acheter des condos dit promoteurs intéressés à en construire.

Ils débarquent bientôt, achètent des terrains, des usines désaffectées, démolissent et construisent des condos.

Cette fois encore, voilà une histoire qu’on a souvent entendue. Mais elle va de nouveau prendre un tour un peu particulier.

C’est que ce quartier ouvrier était, depuis des années et à bien des égards, un modèle de mobilisation citoyenne. On y  a fondé une clinique médicale, on y a fait très vite de l’éducation populaire; des coopératives d’habitation y ont été développées; une clinique juridique communautaire a été mise sur pieds; la fameuse «pointe libertaire» et son centre social autogéré. Il y a là une mémoire des luttes qui irrigue la vie du quartier et qu’on aperçoit encore ici et là.

C’est elle qui anime le mouvement de résistance qui s’organise rapidement en 2005 pour lutter contre ce projet d’implantation d’un casino dans le quartier lancé par ses promoteurs avec toute la puissance de l’État et d’une stratégie de ce qu’on appelle pudiquement «relation publique». La résistance sera victorieuse, à la grande surprise de beaucoup.

Mais les promoteurs de condos, eux, sont encore là, et même plus que jamais. Le nombre des condos de luxe est en hausse, un boom immobilier se produit.

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Éve Lamont, cinéaste et documentariste qui signait l’an dernier Le commerce du sexe est là elle aussi, depuis 10 ans, et elle filme, pour notre plus grand bonheur, le vaste choc des cultures, des idées et aussi parfois des personnes qui oppose ce quartier résilient et ces promoteurs.

On assiste ainsi grâce à elle à des réunions de citoyennes et de citoyens, des collectifs déterminés à faire valoir les droits des gens contre ceux de l’argent, et à mettre de l’avant leur idée de la vie de ce quartier. L’argent, souvent avec la complicité des pouvoirs, tantôt hurle tantôt se fait doucereux, en parlant par exemple d’acceptabilité sociale. Les citoyennes et citoyens se parlent, sans lever le ton, parlent justice, solidarité, communauté; puis prennent la parole publiquement. Il arrive que l’argent se taise, piteux. Mais ce n’est jamais pour très longtemps et tout est à recommencer.

La résistance du quartier n’est toutefois pas que réactive ou négative : elle anime aussi deux grands et beaux projets portés par des gens à travers lesquels on sent vivre l’esprit du quartier, qu’ils tiennent de son histoire de lutte et d’autogestion. Le premier est un projet de résidence pour personnes âgées appelé Cité des bâtisseurs; le deuxième un projet de marché/centre communautaire construit à parti d’un bâtiment industriel désaffecté, le Bâtiment 7.

Mais il vous faudra voir le beau film d’Éve Lamont pour en savoir plus sur l’issue de ces deux combats.

Il faudra le voir aussi pour mieux saisir ce qu’est la genrification, ce qui par elle est en jeu non seulement dans ce quartier précis, mais dans d’autres aussi, en ce moment même, dans Hochelaga et dans Centre-Sud, par exemple et pour en rester à Montréal.

Le voir enfin et surtout pour constater à quel point ce peut être géant, des gens qui se tiennent tout simplement debout.

Le chantier des possibles

Documentaire d’Éve Lamont

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