19e RIDM : Par-delà les marées, le monde
Cinéma

19e RIDM : Par-delà les marées, le monde

C’est avec le même souci de perspectives nouvelles sur le réel et avec une programmation plus resserrée que la 19e édition des RIDM se pointe dans le mélancolique mois de novembre. En compagnie de son nouveau directeur de la programmation Bruno Dequen et de sa directrice générale, Mara Gourd-Mercado, nous avons cartographié ce festival dédié à l’art documentaire.

Lorsqu’une nouvelle édition d’un festival est dévoilée, la première chose que l’on fait est de parcourir la sélection et de faire ses choix. C’est toujours un moment jubilatoire et déchirant à la fois, où le cinéphile hésite entre une classe de maître d’un réalisateur aimé et la projection d’un film qu’il ne reverra pas de sitôt sur grand écran. «C’est encore une édition sous le signe du renouveau avec la première année de Bruno [Dequen] en tant que directeur de la programmation», nous explique Mara Gourd-Mercado. «Nous avons aussi décidé de mettre l’accent sur les créateurs de chacun de ces films en réduisant volontairement le nombre de films proposés.»

En regardant la grille de la programmation, on constate tout de suite une sélection moins abondante, et c’est plutôt une bonne nouvelle, car on a l’impression de mieux saisir la ligne éditoriale du festival. Souvent, des programmations denses et abondantes perdent leur point central et déroutent le festivalier. Ici, le cinéphile est en présence d’une sélection du meilleur cinéma documentaire produit dans la dernière année. «Le festival, poursuit Bruno Dequen, a un double mandat: soutenir la production locale et la relève. C’est pourquoi nous avons créé une nouvelle section de courts et moyens métrages nationaux. Le deuxième mandat est tout simplement esthétique. Nous faisons la promotion de l’art documentaire à travers une programmation extrêmement travaillée sur le plan des choix. On promeut des œuvres qui ont des soucis esthétiques et politico-sociaux comme le film d’ouverture Fuocoammare de l’Italien Gianfranco Rosi.»

Fuocoammare / Credit photo Eye Still Film
Fuocoammare / Credit photo : Eye Still Film

Campé sur l’île de Lampedusa, ce film raconte à la fois la vie ordinaire d’un petit garçon et les arrivées massives de réfugiés. Le plus récent Ours d’or de la Berlinale est un véritable tour de force. Tourné en solitaire, ce film reflète exactement ce qu’un simple et habile récit documentaire peut avoir comme impact sur la compréhension d’un phénomène social important: le dossier laborieux des migrants en Europe. S’il y a une qualité qui définit les rencontres internationales du documentaire dans l’écosystème des festivals de cinéma de la ville de Montréal, c’est son caractère dialogique.

«C’est important de fréquenter le festival pour venir y faire des découvertes que l’on ne ferait pas à la télévision ou même sur le web», nous rappelle la directrice du festival. «Le mot rencontre est un aspect fondamental de notre événement, il fait partie de notre ADN. Beaucoup des films sont accompagnés par leurs créateurs, la discussion se poursuit ainsi après la projection.»

Les RIDM accompagnent certains documentaristes et sont fidèles à ceux-ci. C’est le cas de Sylvain L’Espérance qui présentera son plus récent travail, Combat au bout de la nuit, sur les bouleversements sociaux de la Grèce, un film-fleuve de plus de cinq heures. Un autre habitué du circuit des festivals documentaires, Pierre-Yves Vandeweerd, aura droit à une rétrospective. Cinéaste, poète et voyageur, il a traîné ses guêtres sur le continent africain et a beaucoup traité de l’altérité, de l’exil et des fondements de la démarche documentaire. Assurément à découvrir!

The prison in twelve landscapes / Photo de presse
The prison in twelve landscapes / Photo de presse

En rafale, on se précipitera pour aller entendre Projet Archipel, de Guillaume Campion et Guillaume Côté, un documentaire audio doublé d’un concert électroacoustique sur la réappropriation des berges du Saint-Laurent. The Prison in Twelve Landscapes de Brett Story s’intéresse aux paysages américains et à ce qu’ils disent sur la vie des prisonniers. Brothers of the Night de l’Autrichien Patric Chiha suit la trajectoire de jeunes prostitués bulgares venus gagner leur vie dans les bars de Vienne, un film qui vient brouiller les pistes du documentaire classique. Sinon, il y aura une savante rétrospective de documentaires d’animation qui offrent encore de nouvelles façons d’appréhender le réel; ultime mission des RIDM.

Encore cette année, le festival occupe l’ancienne École des beaux-arts de Montréal, lieu fort en symboles et où ont étudié Gilles Carles, Pierre Ayot, Jacques Folch-Ribas et bien d’autres intellectuels ayant forgé notre modernité. C’est entre ces murs que l’on prolongera les nuits des RIDM par le biais d’une sélection de concerts par les meilleurs festivals de musique de la ville (POP Montréal, M pour Montréal, Blue Skies Turn Black, Heavy Trip).

Une raison de plus de venir poursuivre le dialogue entamé en salle et de toujours provoquer la rencontre humaine.

RIDM
Du 10 au 20 novembre 2016

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