La danseuse : L'art de se donner à 100%
Cinéma

La danseuse : L’art de se donner à 100%

Deux mois d’entraînement, neuf semaines de tournage. C’est le temps qu’il a fallu à l’actrice Soko pour se mettre dans la peau de Loïe Fuller, une danseuse américaine avant-gardiste ayant secoué le Paris de la Belle Époque à la fin du 19e siècle. Rencontre avec la tête d’affiche du film La danseuse, présenté en ce début d’année dans les salles québécoises.

«Je ne voulais pas être doublée pour ce film, je voulais le faire à fond», confie d’emblée Soko. «C’est une responsabilité de dingue que de rendre grâce et hommage à une femme aussi puissante, qui a créé tout un monde n’ayant jamais été vu avant.» Comme Loïe Fuller, Soko se donne à 100% dans son art comme dans sa vie. Voilà peut-être pourquoi la réalisatrice Stéphanie Di Giusto a écrit le rôle en pensant à elle. Quant à Soko, la force de Fuller lui rappelle celle de son amie cinéaste. «Stéphanie a rencontré tellement d’obstacles pour faire ce premier film! Trouver le financement, le casting, les gens qui se désistent… Monter un film, c’est un puzzle, il faut dépasser des montagnes. Et elle me disait: “Colline après colline, j’avance”.»

Photo : Courtoisie TVA
Photo : Courtoisie TVA

Soko a passé plusieurs heures quotidiennes à s’entraîner aux côtés de la chorégraphe new-yorkaise Jody Sperling, fine connaisseuse du travail de Fuller. «Il fallait se dépasser, surpasser le tournis, l’envie de vomir, la peur du vide.» Peu à peu, son corps s’est transformé en corps de danseuse, elle qui s’estime d’ordinaire «maladroite et peu gracieuse». «Là, je devais être féminine, avoir une beauté d’artiste, la faire briller.» Certains matins, elle n’arrivait même plus à enfiler sa culotte tellement son corps souffrait. Tard le soir, elle appelait son ostéopathe au secours, ne pouvant plus bouger la tête. «J’y suis allée pour de vrai, comme n’importe quel danseur qui veut faire ces performances et qui passe par les mêmes douleurs.» La première fois qu’elle a essayé la robe de Fuller, elle s’est mise à pleurer. «C’était hyper émotionnel que de rentrer dans la peau de cette femme, d’aller jusqu’au bout de la performance et de ressentir ce que c’est que de travailler tous les jours pour apprendre cette chorégraphie.»

Le film, magnifié par la direction photo de Benoît Debie (qui a notamment travaillé avec Gaspar Noé et Harmony Korine), voit le jour au Festival de Cannes dans la section Un certain regard. Les cinéphiles y découvrent cette danseuse oubliée qui se mouvait sous plusieurs mètres de soie blanche et mettait en place une scénographie aux jeux de lumière travaillés. «Loïe allait complètement à l’encontre de la vague de danse classique de l’époque, ce n’était pas une petite danseuse en tutu», explique Soko avant d’ajouter que le fait qu’elle fut ouvertement lesbienne avait aussi fait partie de sa carrière et de sa liberté. En effet, Loïe Fuller a vécu une histoire d’amour de plusieurs décennies avec le personnage de Gabrielle Bloch, joué par Mélanie Thierry. Toutefois, le sujet n’est que vaguement abordé dans le film. La réalisatrice lui a même inventé un amant masculin, Louis (Gaspard Ulliel), qui n’a pas existé dans la vraie vie, ce qui n’a pas manqué de faire grincer des dents certains médias et spectateurs français qui ont taxé le film d’«hétérocentriste». «Ce n’est pas un biopic, se défend Soko. On montre une petite période de sa vie. Oui, elle a passé 30 ans avec cette femme. C’était écrit dans le scénario, après, c’est le choix artistique de la réalisatrice de parler davantage de sa carrière, de sa danse, et d’elle en tant qu’artiste. Elle pensait qu’elle l’exprimait suffisamment justement dans son trouble face à Isadora et Gabrielle.»

Photo : Courtoisie TVA
Photo : Courtoisie TVA

Le personnage, absorbé par son travail et son art, se définit par ses relations aux autres. «Louis, c’est son compagnon, la personne qui lui a permis de créer sa danse, c’est un témoin de son ascension, son partenaire», explique Soko. Quant à sa rivale Isadora Duncan, interprétée par Lily-Rose Depp (fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp), elle traduit l’arrivée de la jeunesse, d’une nouvelle génération. «Il y a un mélange d’admiration, de jalousie, d’amour.» Complexe, Fuller est avant tout une femme en souffrance, qui tire son art de sa douleur. D’ailleurs, le film débute avec la mort du père. «Dans nos vies, il n’y a pas de soleil sans la nuit, il n’y a pas de force sans vulnérabilité, dit Soko. Les personnages que j’incarne ont des hauts et des bas, du noir et du blanc, des zones grises.» L’actrice se retrouve dans le personnage. «J’ai également perdu mon père quand j’étais petite, je n’en serais pas là aujourd’hui si je n’avais pas eu cette conscience de la mort et le fait de me dire que chaque jour que je vis est peut-être le dernier. J’ai envie de remplir toutes mes journées avec des choses incroyables, partir à l’aventure, apprendre des choses nouvelles, être stimulée par la création.»

L’art qui la touche, c’est l’art «vulnérable», «à fleur de peau». «C’est intéressant d’avoir des histoires qui ont plus qu’une couleur», conclut-elle. Pour l’heure, Soko a déserté les plateaux de tournage et se consacre à 100% à son troisième album. «Le cinéma et la musique sont deux choses aussi vitales que manger et dormir pour moi, je ne peux pas les faire en même temps.»

En salle le 6 janvier

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