Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

Gulîstan, terre de roses : Tu sauras comment être libre

Premier long métrage de la jeune réalisatrice kurdo-montréalaise Zaynê Akyol, Gulîstan, terre de roses nous fait entrer dans l’intimité des combattantes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Un documentaire tout en douceur qui peine parfois à clarifier ses intentions.

Un groupe de femmes, des camarades guérilleras s’exercent au milieu de nulle part. En face de la caméra, l’une d’elles nous dit qu’elle aimerait avoir une cicatrice sur le visage pour s’embellir. Son prénom est Sozdar. Nous sommes dans le Kurdistan irakien, une région sans images. C’est d’emblée une sorte de privilège de voir ainsi ces maquisardes s’entraîner sous nos yeux médusés. Zaynê Akyol est partie à la rencontre de ces femmes dont on entend parler depuis maintenant plusieurs années, qui tiennent tête au groupe armé état islamique. C’est là où réside l’intérêt et la force de ce documentaire.

On s’intéresse à l’éducation et aux motivations de ces jeunes femmes qui ont tout plaqué pour aller défendre leur territoire et leur peuple – et l’idéologie du PKK. Deux femmes sont ainsi filmées au plus près, Rojen Bêrîtan (sosie d’Emmanuelle Devos) et la vétérante du groupe Sozdar Cudî. Rojen a 23 ans, elle a tout abandonné et n’a qu’un seul regret: avoir été incapable de dire convenablement au revoir à sa mère. Elle ne veut pas mener la vie de tant d’autres femmes de sa génération, elle veut être libre et a ainsi fait le choix de donner son existence au combat du PKK. Sozdar est plus âgée et a aussi le PKK dans les veines. La guérilla fait partie de son ADN et elle tend à devenir, au fil du film, la narratrice et le fil conducteur de ce premier long métrage, si un tel fil existe ici.

10_gulistan_10040518_0_150dpi

On sent bien que ces combattantes attendent: elles attendent d’aller au front, elles attendent en face des lignes ennemies, elles attendent que le combat s’engage. Film sur l’attente oui, mais bon… encore faut-il que celle-ci provoque autre chose. Le film intègre ça et là des séquences tournées par les combattantes elles-mêmes, mais pourquoi? L’intention scénaristique est intéressante, mais elle aurait mérité d’être justifiée ou tout au moins appuyée.

Malgré ces quelques imperfections, ce long métrage permet de voir et de mieux comprendre une nation, une organisation (vue comme terroriste pour le Canada et les États-Unis) et un territoire qui est souvent mal expliqué et mis en perspective.

Un habile premier documentaire à voir en ces temps où la Turquie de Erdogan fait montre d’obsession autoritaire envers le peuple kurde.

À l’affiche le 20 janvier à Montréal et Québec