Le cyclotron : Revisiter l'Histoire
Cinéma

Le cyclotron : Revisiter l’Histoire

Tourné en 20 jours à Oka et Gatineau avec un budget de 1,8 million de dollars, Le cyclotron d’Olivier Asselin fait des miracles. Ambitieux et ludique, le film s’impose comme la pépite made in Québec de ce début d’année 2017.

Un cyclotron est une machine qui accélère les particules. Dans le film du même nom, signé par le Québécois Olivier Asselin, il est dissimulé dans une montre et permet, en résumé, de déclencher l’explosion de la bombe atomique. Les familiers de la filmographie du cinéaste sont en terrain connu puisque Asselin fait une nouvelle fois de l’imbrication entre science et Histoire le fil rouge de son film. De plus, comme dans La liberté d’une statue (1990) et Un capitalisme sentimental (2008), il s’amuse à revisiter un moment historique et à imaginer une version alternative de l’Histoire. «Ce détour par le passé permet de mieux comprendre le présent, nous explique-t-il en entrevue. Il ne faut pas négliger les leçons de l’Histoire.»

L’histoire, celle du film, se déroule à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans quelques intérieurs: un bunker, une chambre d’hôtel, un train, un laboratoire. On s’y promène, dans des périodes et lieux différents – de Londres à Berlin, Paris et Bruxelles. L’espionne alliée Simone (Lucille Fluet, également coscénariste du film aux côtés d’Asselin) est chargée de retrouver et de tuer Emil (Mark-Antony Krupa), un scientifique allemand. Pourchassé par les militaires hitlériens (dont Helmut König, interprété par Paul Ahmarani) qui veulent s’emparer de sa formule de fabrication de la bombe atomique, Emil est capturé dans le train.

Le train, «cette scène en mouvement» comme le nomme Asselin, est un leitmotiv du vieux cinéma américain qu’il chérit tant: on le retrouve notamment dans Shanghaï Express de Josef von Sternberg (1932) ou dans The Lady Vanishes d’Alfred Hitchcock (1938). Dans Le cyclotron, le véhicule sert de métaphore à la grande Histoire, celle «qui file dans la nuit», et entraîne une réflexion tant sur le libre arbitre que sur la part de hasard dans les grands bouleversements de l’Histoire. «Les décisions que l’on prend ont un impact prodigieux sur nos vies, explique Asselin. Un petit détail peut tout changer, c’est la réalité de l’Histoire.»

Lucille Fluet, crédit : FunFilm
Lucille Fluet, crédit : FunFilm

Le cyclotron s’éloigne volontairement des codes habituels du film ou du documentaire historique, «très conventionnel tant sur le plan narratif qu’en matière de direction artistique», selon le réalisateur qui ose ici de multiples audaces formelles. Mélanges d’images d’archives réelles et fictionnelles, saut de la couleur au noir et blanc, références au cinéma expressionniste allemand: Asselin s’amuse! Comme dans cette séquence finale où il divise l’écran (split screen) pour mieux illustrer une théorie de mécanique quantique! «Le cinéma est un médium très riche pour représenter des choses très complexes. C’est un médium presque philosophique!»

Inspiré par le cinéma dit «muet», le cinéaste estime que «l’étrangeté» qui se dégage de ces films engendre paradoxalement un effet de réalisme, qui, dans le cas du Cyclotron, nous place avec efficacité dans la complexité de l’Histoire. «J’ai montré Nosferatu de Murnau à mes filles, elles étaient pétrifiées d’horreur! Pourtant, les films qu’elles voient aujourd’hui sont remplis de morts, de personnes foudroyées, de squelettes animés!» Parier sur «l’étrangeté» est, selon lui, un moyen d’accéder à un autre monde, ainsi qu’à plus de singularité.

Enfin, explorer cette période sombre et d’incertitude morale, dans laquelle les Juifs étaient persécutés, lui a permis d’explorer ce qui le fascine depuis longtemps: la façon dont l’événement historique peut saisir la pensée. À l’époque, le milieu scientifique s’est scindé: ceux qui ne pouvaient accepter la persécution des Juifs, et ceux qui ont poursuivi leur carrière malgré tout (tel le philosophe Heidegger). Le film d’Asselin s’interroge sur ces positions morales: «Est-on libre ou fait-on seulement ce qu’on doit faire?» «Emil est déterministe, explique le réalisateur. Il pense que l’on est coincé par nos positions sociales, notre psychologie.» Simone pense au contraire que l’on peut – et que l’on doit – agir dans la grande Histoire.

Quant à la question du nucléaire, impossible de ne pas y voir de résonances avec notre époque. «J’espère ne pas être un prophète de malheur, mais quand je vois que des pays comme l’Iran et la Corée du Nord se sont dotés du nucléaire ou que Trump répond en un tweet à la Corée du Nord… c’est terrifiant.»

Le cyclotron
En salle le 10 février

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