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Cinéma

Toni Erdmann, l’art perdu d’être père

Prix de la critique internationale à Cannes et coqueluche du public partout où il est passé, le troisième long de l’Allemande Maren Ade arrive enfin sur nos écrans.

Longtemps, notre vie ne consistait qu’en une succession de moments de jeux et d’amusements. Se déguiser en Superman avec les draps, porter des lunettes qui nous rendraient invisibles ou tout simplement se faire un château avec les coussins du salon, tout n’était que successions d’instants fabuleusement magiques et tout était rêverie infantile. 

Toni Erdmann, c’est un difficile retour à l’enfance proposé par un père à sa fille très occupée par les rouages du capital.

Le film raconte l’histoire de Winfried Conradi, un papa fantaisiste (grandiose Peter Simonischek) qui décide de rendre une visite impromptue à sa fille Ines (versatile Sandra Hüller), cadre d’une compagnie pétrolière, à Bucarest. Seulement, cette visite embarrasse celle-ci, qui ne peut plus vivre avec les comportements fantasques de son père. Nous ne savons pas trop pourquoi le père et la fille se sont éloignés. Après deux petites journées passées en Roumanie, Ines dit au revoir à son père, qui reviendra en ville sous les traits d’un autre homme: Toni Erdmann.

Désopilant, sensible, touchant et truculent, ce film de plus de 2h30 réussit, avec un scénario bien calibré, à redonner un peu d’humanité à un monde calculateur. Un père tente ainsi de reprendre contact avec sa fille en caricaturant les codes du milieu dans lequel elle est engagée corps et âme. Pour ce faire, il se déguise en coach de vie, en ambassadeur, en grand de ce monde avec une perruque affreuse et un dentier amoché. 

Toni Erdmann est l’antidote aux soirées mondaines mornes. Il agit en porte-à-faux d’un système basé sur les apparences et sur une société de performance. Il révèle la cupidité des êtres entourant sa fille.

Le film culmine avec un improbable duo père-fille interprétant une version de Greatest Love of All dans un appartement bucarestois: de la très grande poésie, un pur moment de cinéma. Un véritable effort de mise en scène souple et maîtrisé.

En plus de la sortie du film, le Goethe Institute organise une rétrospective de la jeune cinéaste. Plus de détails ici: Goethe Institut.