Iqaluit : L'inévitable retour à Iqaluit
Cinéma

Iqaluit : L’inévitable retour à Iqaluit

Après être fugacement passé par Iqaluit pour le tournage de Ce qu’il faut pour vivre, Benoît Pilon y retourne cette fois-ci pour un troisième long métrage sur fond d’intrigue policière et de filiation.

L’excellent documentariste de Roger Toupin, épicier variété et cofondateur des Films de l’autre cultive un intérêt profond pour le Nord et ses populations. En 2007, il tournait le documentaire Des nouvelles du Nord qui s’intéressait aux habitants des villes de Radisson et de Chisasibi. En 2008, Ce qu’il faut pour vivre se penchait sur un sanatorium de Québec accueillant des tuberculeux inuits dans les années 1950. Avec Iqaluit, son premier scénario original de fiction, le registre est radicalement différent du film d’époque et du documentaire sur la survivance des traditions.

Le film raconte l’histoire de Carmen (Marie-José Croze) qui doit partir de façon précipitée à Iqaluit au chevet de son mari Gilles (François Papineau), gravement blessé. Sur place, elle découvre un monde inconnu et des secrets qui vont la bouleverser. Aux côtés de Noah (Natar Ungalaq), un ami de son mari, elle partagera de façon insoupçonnée avec lui un drame dans les remous de la mer du Labrador.

Ce troisième long métrage a été entièrement tourné dans la baie de Frobisher avec tout ce que cela implique en matière de défis logistiques et humains. Iqaluit, avec une population de près de 7000 individus, est une ville isolée qui se situe à plus de 2000 kilomètres de Montréal. On peut dire que Benoît Pilon avait vraiment envie de retourner dans le Nord. «Ce qu’il faut pour vivre m’avait déjà donné le goût de connaître Iqaluit et de montrer cette ville lointaine et inconnue de presque tous. J’ai tout de suite été fasciné par la population et les relations unissant ses membres. C’est précisément cette réalité que j’avais envie de percer et de mettre en scène. Je me suis demandé comment je pourrais raconter une histoire qui mettrait en lumière Iqaluit et qui me permettrait de retravailler avec Natar, qui est un acteur extraordinaire.»

Natar Ungalaq, acteur à la présence solaire, renoue ici en effet avec Pilon pour un rôle tout en introspection d’un père repentant ayant réussi à dompter ses démons. Ungalaq, que le monde entier a connu pour son rôle dans Atanarjuat, la légende de l’homme rapide, est aussi un sculpteur reconnu dont les œuvres sont exposées aux quatre coins du globe. Dans le rôle de Noah, il fera découvrir à Carmen un monde bien loin de ses référents, ce qui l’aidera à se reconnaître et à retrouver ses repères. Et c’est précisément ce qu’a voulu léguer Pilon en réalisant ce film: une meilleure compréhension de l’autre, et une possible ouverture. «On est dans le même pays, nos compagnies vont là-bas faire des affaires. Nos gouvernements prennent des décisions qui ont des conséquences. Et nous avons un impact sur ces communautés même si nous vivons à des milliers de kilomètres. Ce que je tente de dire, c’est que nous sommes liés sans trop nous en rendre compte. Et c’est ce que le personnage de Carmen, joué par Marie-Josée Croze, permet de réaliser.»

Marie-Josée Croze
Marie-Josée Croze

L’actrice, qui n’avait pas tourné au Canada depuis 2014 pour Le règne de la beauté de Denys Arcand, effectue un retour dans le froid polaire et les grands espaces de la terre de Baffin. Dans la peau de Carmen, elle est froide, distante et occupée à trouver des réponses à ses interrogations sur la vie de son mari, une vie qui lui est presque inconnue. «Ultimement, Carmen me permet de raconter ce récit d’ouverture progressive à l’autre. Une fois sur place, elle réalisera que tout est différent, le rapport au temps, l’air, la lumière et la ville. Tranquillement, elle n’a pas d’autre choix que de se connecter et de s’ouvrir.»

C’est le récit d’un voyage qui deviendra en quelque sorte initiatique que nous propose Benoît Pilon avec Iqaluit. Mais plus que cela, le film nous présente un monde qui a ses problématiques et ses contradictions. Pilon dépose sa caméra sans jamais poser de jugement définitif ou esquisser de caricature ridicule. Le fils de Noah tente de se reconnecter aux traditions de son peuple après que son père en eut été coupé par le drame des pensionnats autochtones. Ainsi, l’une des plus belles scènes du film nous présente Gilles qui est invité à partager le phoque que Dany vient de pêcher.

Iqaluit réussit à raccourcir la distance entre Montréal et le Nunavut et nous démontre qu’il est possible de changer ses perceptions, ses jugements. Dans notre monde contemporain, cela est plus que nécessaire. Il faut garder toujours vivant un espace de dialogue franc.

Iqaluit
En salle le 10 mars

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