Tuktuq de Robin Aubert: Lettre au père
Cinéma

Tuktuq de Robin Aubert: Lettre au père

Une rencontre avec Robin Aubert ne peut se dérouler qu’en mode sincérité et avec pas d’casque: dialogue avec un vrai papa.

Avant d’être un film frontalement politique, le dernier long métrage du gars de Ham-Nord, Tuktuq, traite beaucoup d’héritage. Il se pose la question de ce que nous laisserons comme trace de notre passage et il est écrit comme une lettre offerte à ceux qui nous suivront.

Tourné à l’occasion d’une résidence d’artiste de deux mois à Kangiqsujuaq, et ce, en plein printemps érable (2012), ce film fait partie de son projet de pentalogie sur cinq continents «visant à confronter un Québécois à un territoire étranger» nous dit le réalisateur. Il est imprégné de la passion qui habite Aubert face à ces grands espaces sans arbres et est un hommage à un peuple bien souvent noyé dans la masse informe des représentations caricaturales.

Robin Aubert, pour qui c’était une première au Nunavik, est arrivé seul sur place avec son matériel de son et sa caméra. À partir de là, tout était à construire: «J’ai vécu un véritable choc culturel, nous dit Aubert. C’est dû à la perspective, il n’y a pas d’arbres et les steppes sont immenses. Tu te cherches dans cette immensité, tu te demandes qui tu es là-dedans. S’il y a beaucoup de répétition d’images dans mon film, c’est que j’ai voulu exprimer un trop-plein de beauté.»

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Le film raconte l’arrivée de Martin Brodeur, un caméraman de télévision communautaire en crise amoureuse qui obtient un contrat dans le Nord pour le compte d’un obscur sous-ministre. Le film oscille entre les images tournées par Martin découvrant la communauté et des dialogues entre le sous-ministre (hilarant Robert Morin) et lui. Peu à peu, Martin se rendra compte qu’il est dans le Nord pour justifier le déplacement d’un village et qu’il travaille à son insu à la destruction de cette communauté pour les besoins d’un plan d’exploitation du sol, une étrange résonnance avec le Plan Nord…

Dans Tuktuk, Aubert prend son temps pour filmer chaque chose, scène par scène. Il n’y a aucune urgence et le film a un rythme hyper contemplatif. «J’espère, au-delà de la brochure politique, que les gens ressentiront cette notion de temps totalement différente de la nôtre. Les rendez-vous et la notion même d’organisation sont différents là-bas. Quand quelqu’un t’invite à chasser le lendemain, cela ne veut pas nécessairement dire que ce sera précisément demain puisque tout est relié au temps, à la température… rien ne fonctionne comme chez nous avec un agenda et des alertes iCal…»

Depuis 2012, l’année de tournage de Tuktuk, la vie de Robin Aubert a considérablement changé. Il est aujourd’hui le père de deux enfants, une petite fille et un petit garçon. Dans le film, il s’adresse à un garçon, en tant que père et avec des résonnances autobiographiques (son père est l’un des fondateurs de la compagnie Junex). Il était impossible de ne pas en discuter dans cette rencontre.

«Je traite d’un fils dans le film pour deux raisons. La première est peut-être inconsciente: ce désir de vouloir clore mon film À l’origine d’un cri où le rapport père-fils est extrêmement tendu. J’ai voulu insuffler un peu de quiétude dans mon travail aussi. Depuis que je suis père, je prends moins les choses au premier degré. Dans la vie, je ne veux pas être amer. Si je le deviens, je changerai de métier.»

Belle façon de conclure cet entretien en compagnie de Robin Aubert, qui retourne travailler sur son prochain projet: un film de zombie avec Marc-André Grondin et Monia Chokri intitulé Les Affamés, qui devrait voir le jour cette année.

Tuktuq
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