X Quinientos: Filmer le réel
Cinéma

X Quinientos: Filmer le réel

Juan Andrés Arrango propose avec son deuxième long métrage de fiction, X Quinientos, un récit fragmenté sur trois territoires à propos d’un trio de personnages sur les thèmes de l’exil, du deuil et de l’identité. 

Dès la première poignée de main avec le cinéaste colombien, j’ai compris que j’avais affaire à un être qui aime la franchise. Nous avons commandé un café et sur le parvis d’une église de Villeray et nous avons discuté de son cinéma le plus naturellement du monde.

Il faut dire tout de suite que Juan Andrés Arrango est un secret bien gardé ici au Québec, malgré le fait que son premier long métrage, La Playa D.C., aie voyagé dans plus de 80 festivals et aie été de la section Un certain Regard à Cannes en 2012. Toute la démarche d’Arrango est lovée dans ce premier film, son travail avec les acteurs non professionnels, sa fascination pour l’adolescence et son amour pour la culture afro-colombienne.

«J’ai grandi à Bogota, dans une ville très blanche. J’ai vu comment la ville s’est transformée avec la guerre dans la partie pacifique du pays, là où vivent la plupart des Afro-Colombiens. Il y a eu une importante migration de ces populations dans les années 1990 et 2000. Cela a généré une très grande curiosité pour moi et c’est ainsi qu’est né mon premier film La Playa D.C. après sept années de gestation.»

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Alors que La Playa présentait la quête d’un jeune afro-colombien dans les rues de Bogota, X Quinientos propose trois histoires. Celle de Maria, jeune Philippine à Montréal, celle d’Alex dans les rues dangereuses de Buenaventura en Colombie et l’histoire de David, un jeune mazahua venu chercher son identité à Mexico par le biais de la culture punk.

«Ce qui relie ces trois histoires est le thème qui me préoccupe le plus en tant que réalisateur: la transformation chez l’être humain. Je pense que ce sont trois histoires extrêmes de changement où il y a deux éléments principaux qui déclenchent cette transformation: l’adolescence et la migration.»

Chez Arrango, ce qui frappe immédiatement c’est l’immersion dans laquelle nous nous retrouvons, fruit d’une longue recherche faite avant chaque tournage sur les lieux. Pour le rôle d’Alex par exemple, il a auditionné 700 jeunes hommes de Buenaventura avant de tomber sur celui qui serait en mesure d’exprimer pleinement l’essence du personnage. Après avoir trouvé son comédien de rue par des castings sauvages, Arrango a répété avec celui-ci en lui proposant des canevas, des thèmes sur lesquels ils ont improvisé ensemble. Ainsi naît la matière filmique. Au fil des suggestions du comédien et du réalisateur, ils créent une histoire pleinement ancrée dans le lieu qui est représenté.

«Je travaille quatre semaines de travail intensif avec chacun des comédiens avant le tournage, deux semaines avec un prof de jeu et deux semaines seuls. Durant cette période de travail, je cherche à canaliser naturellement l’énergie qu’ont ces acteurs non professionnels.»

Outre l’histoire du film et sa démarche, toutes deux fabuleuses, la trame sonore est partie intégrante de ce qui se déroule à l’écran. On découvrira ainsi des groupes punks mexicains, de la superbe musique traditionnelle colombienne et beaucoup beaucoup de musiques de gangsters mexicains, les Cholos.

X Quinientos est un film qui dénote d’un style d’écriture dramatique singulier avec une direction photo signée Nicolas Canniccioni au sommet de son art. Voilà un genre de cinéma dont on a bien besoin pour rétablir les ponts et conserver un espace de dialogue.

En salle le 14 avril