Les larmes de paillettes de Dalida
Cinéma

Les larmes de paillettes de Dalida

La vie peuplée de succès et de tragédies de la grande chanteuse italo-égyptienne Dalida est portée au grand écran.

Dalida, de son vrai nom Iolanda Gigliotti, a grandi au Caire et s’est fait arracher son père violoniste du nid familial pendant la Deuxième Guerre mondiale. Petite, elle devait porter des lunettes et a reçu les moqueries de ses camarades de classe. «Basta! Basta!» (Arrêtez!), crie en pleurant de chaudes larmes la jeune actrice qui l’incarne dans le long métrage biopic de Lisa Azuelos. Plus tard dans le film, alors que Dalida est au sommet de sa carrière, elle a cette même réaction, répète ces mêmes mots. Nous y voyons là un écho à son enfance et à ce sentiment d’impuissance, de rejet, d’oppression, qui l’habite depuis toujours. «C’est de l’épuisement, nous explique la réalisatrice au bout du fil. Dalida doit toujours lutter contre quelque chose et parfois elle n’en peut plus.»

Lisa Azuelos avoue qu’elle n’était pas vraiment une admiratrice de la chanteuse avant d’entreprendre l’écriture du scénario de Dalida. Mais l’histoire devant elle était si puissante: celle d’une chanteuse populaire, oui, mais aussi celle d’une femme qui s’accroche à l’amour jusqu’à la mort. «J’ai appris à la connaître en faisant la recherche et j’ai eu envie de raconter sa vie, ses amours, son espèce d’idéalisme de l’amour qui viendrait la sauver comme une princesse attend le prince charmant. Quel que soit son âge, elle s’embarquait toujours dans des histoires d’amour avec beaucoup d’espoir.»

En début de film, Dalida – bouleversante Sveva Alviti dans un premier grand rôle – est heureuse et détendue, au lit avec son amant Luigi Tenco. Ils discutent du philosophe allemand Martin Heidegger et de son concept de l’«Être-vers-la-mort», mais Dalida, dans son grand romantisme, indique qu’elle préfère penser que nous allons vers l’amour plutôt que vers la mort. «J’aime bien cette notion de Heidegger: dès qu’on est aimé, on est suffisamment vieux pour mourir. Et aussi: ce qui est mortel, c’est d’être vivant. Je sais que Dalida parlait beaucoup de philosophie avec Luigi Tenco, précise Lisa Azuelos. J’avais envie de lui faire dire “pour moi, on est un être qui va vers l’amour”, et que l’amour est éternel. C’était ça, sa croyance, j’en suis sûre.»

Photo : Pathé Films
Photo : Pathé Films

Les amours de Dalida, devenue grande star de la chanson populaire en France après avoir été repérée par Bruno Coquatrix de l’Olympia de Paris et par son futur gérant et mari Lucien Morisse, se sont succédé et ont été fort publicisées. Dès le début de son mariage avec son mentor – qui, lui, sera amoureux fou d’elle jusqu’à son dernier souffle –, elle prend pour amant Jean Sobieski. Les journaux s’en mêlent et le public réagit négativement. Mais au-delà des potins, sa vie sera réellement chamboulée avec le suicide de Luigi Tenco, événement qui la mènera elle-même à faire une tentative de suicide. Et ce sera le premier des trois amours de Dalida qui s’enlèveront la vie. Comment aborder adéquatement ce sujet sensible sur grand écran?

«Le film commence avec un suicide et se termine avec un deuxième suicide, indique Lisa Azuelos. La question que je me posais pour le film était: comment essaie-t-on de rattraper l’envie de vivre quand on l’a perdue? Comment lutte-t-on contre les démons lorsqu’ils nous ont envahis? J’aimais cette histoire de femme qui est consciente qu’elle a des démons en elle et qui essaie de toutes ses forces de lutter contre – notamment avec l’amour des hommes.»

La carrière de Dalida est présentée en parallèle à ses relations interpersonnelles dans le long métrage. La personne qui lie ces deux mondes, c’est le frère cadet de Dalida, Orlando. À ses côtés tout au long de sa vie, celui-ci a géré la carrière de sa sœur avec rigueur et a réussi à la garder sur les palmarès en réinventant sa carrière. C’est lui qui l’a poussée vers de nouveaux sommets en plongeant dans le disco dans les années 1970, mais c’est aussi lui qui l’a poussée alors qu’elle n’en avait plus la force.

«C’est une situation ambiguë où on veut protéger les gens qu’on aime et, en même temps, on ne veut pas les laisser sombrer dans la dépression», indique la réalisatrice.

Finalement, les démons de Dalida auront eu raison d’elle. Une star aimée, mais assombrie.

En salle le 28 avril