Cézanne et moi: une histoire d'amitié
Cinéma

Cézanne et moi: une histoire d’amitié

Avec son sixième long métrage, Danièle Thompson met en scène l’amitié peu connue entre le peintre Paul Cézanne et l’écrivain Émile Zola. Une histoire de passion, de jalousie et de fierté dont nous avons discuté avec la fille de Gérard Oury.

Alors qu’en 1886, Émile Zola publie L’Oeuvre, qui dépeint la vie misérable d’un peintre rejeté dénommé Claude Lanthier, son ami d’enfance Paul Cézanne croit se reconnaître et décide de régler enfin quelques comptes avec le riche écrivain.

Le film procède par ellipses temporelles et dépeint tantôt les moments importants de la durable amitié entre les deux hommes et tantôt revient au présent de la narration en 1886, année de la rupture de leur amitié. L’ouverture – superbe – présente les deux adolescents jouant ensemble à Aix-En-Provence du temps de leur première rencontre. Un film d’époque qui nous éclaire sur l’esprit d’une bande de jeunes artistes qui tentent de redéfinir l’esthétique et la morale sous le Second Empire.

«Je ne connaissais pas du tout cette relation, nous explique la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson, avant de tomber sur un article passionnant qui traitait de leur relation. C’est palpitant d’imaginer la trajectoire de ces deux gamins qui viennent d’une petite ville de province (Aix-En-Provence). Ils sont demeurés des amis fusionnels pendant une période de 30 ans et sont ensuite devenus des figures majeures du 19e siècle en France. Cette histoire devait être portée à l’écran.»

CÉZANNE_&_MOI Danièle_THOMPSON

Ce sont deux comédiens totalement investis qui se sont engagés dans ce long métrage d’époque. Guillaume Galliene, que l’on a connu avec son film autobiographique Les Garçons et Guillaume, à table! et qui anime Ça peut pas faire de mal sur France Inter, interprète un Paul Cézanne amer et marginal. Guillaume Canet interprète pour sa part un Émile Zola embourgeoisé et au faîte de sa gloire littéraire.

L’opposition entre les deux artistes permet un point de vue sur l’époque et sur l’évolution de deux hommes ne venant pas du même milieu. Zola, qui vient d’un milieu modeste, trouve du bonheur à se doter d’un confort matériel et à offrir un cadre de vie luxueux à sa mère, tandis que Cézanne, qui vient d’une famille aisée, s’en éloigne de plus en plus et devient à la limite de l’indigence et de la bipolarité.

«C’est de rendre le récit vivant qui m’intéressait et de me tenir loin des statuts de ces deux monstres de la littérature et de la peinture, dit Danièle Thompson. En les représentant au sein de leur bande d’amis qu’étaient Renoir, Pissarro et Manet je me concentrais sur leur jeunesse et leur désinvolture relativement à l’époque.»

Les lieux où se déroule l’action du film sont particulièrement révélateurs de la démarche picturale de Cézanne et du naturalisme inhérent à l’oeuvre romanesque de Zola. Ainsi défilent les rues, les troquets et les musées parisiens ainsi que les beautés de la campagne du sud de la France avec en figure de proue les carrières de Bibemus, lieu de retraite et de farniente pour Paul Cézanne.

«On a fait un travail de repérage considérable avec Jean-Marie Dreujou, le chef opérateur. La petite maison que vous voyez dans le film est le véritable cabanon de Cézanne qu’il a loué une très longue partie de sa vie. Les démarches pour obtenir les droits de filmer sur place ont été assez longues, mais réussies. Ce fut particulièrement bouleversant de tourner sur les lieux réels où a vécu Cézanne. Grâce à Martine Zola (l’arrière-petit-fille d’Émile), nous avons aussi eu la permission de tourner dans la maison et la lingerie de Zola.»

C’est en définitive un film d’époque assez bien mené par deux comédiens complètement plongés dans leur rôle et leur relation orageuse. En plus de faire la lumière sur une amitié intense et d’illustrer un brin les débats intellectuels du 19e siècle français, le film de Danièle Thompson fait aussi parfois rire.